Petits meurtres au Caire

Une enquête du commissaire aux morts étranges
Auteur : Olivier Barde-Cabuçon
Editeur : Actes Sud Editions

Coursés par un navire barbaresque alors qu'ils quittent Venise, le commissaire aux morts étranges et son père, le moine hérétique, font naufrage et sont séparés. Le moine se retrouve prisonnier de l'île de la mystérieuse Calypso, et le chevalier de Volnay est emmené comme esclave au Caire ! Il y est retenu dans l'étrange demeure d'une princesse mamelouke adepte des dieux anciens, et de ses trois suivantes orientales au comportement singulier. Tandis que son père fait tout pour se précipiter à son secours, on découvre dans la maison de la princesse les corps de deux amants, visiblement morts au milieu de leurs ébats. Meurtre ou suicide ?
Les deux hommes se voient confier l'enquête avec, pour enjeu, l'affranchissement de Volnay. Dans l'Egypte colorée du Coran et sensuelle des Mille et Une Nuits se présente à eux une affaire des plus retorses. Au Caire, où les rapports de force et d'autorité sont inversés, maîtres et esclaves ne sont pas forcément ce qu'ils paraissent...

A travers la rencontre, toujours actuelle, de l'Orient et de l'Occident, Olivier Barde-Cabuçon nous offre la plus inattendue et la plus dépaysante des enquêtes du commissaire aux morts étranges.

22,00 €
Parution : Juin 2019
356 pages
Collection: Actes noirs
ISBN : 978-2-3301-2209-6
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Extrait

Prologue

Le bateau aux voiles déchirées fuyait la tempête par le sud. Le bois geignait et grinçait tandis que les objets mal arrimés roulaient sur le pont. Plus rapide sur la mer démontée, le navire des Barbaresques s’apprêta à aborder la gabare vénitienne qu’il coursait depuis des jours.
Les paupières plissées sous les embruns, une épée et une dague à la main, le moine contempla sans frémir les grappins des Barbaresques qui pleuvaient sur le pont. Son regard semblait s’être évadé loin de là, comme s’il revivait en un instant sa vie, mais ses yeux luisaient d’autant plus fort que la fin approchait. Froid et silencieux, Volnay faisait face sans peur et nulle ombre ne tombait sur lui.
Le choc fut terrible. Le navire des Barbaresques heurta bord à bord la gabare vénitienne. L’équipage de cette dernière se tenait prêt, au coude à coude. Il s’agissait de marins d’un bateau de commerce mais ils étaient vénitiens, d’un peuple qui longtemps régna sur la Méditerranée, et résolus à vendre cher leur peau. D’ailleurs, la plupart préféraient la mort à la seule perspective de ramer jusqu’à la fin de leur vie, enchaînés sur une galère d’Alger ou de Tunis.
Les yeux fous et une machette entre les dents, les Barbaresques déferlèrent sur le pont. Les mousquets entrèrent en action puis ce fut le corps à corps. Dans toutes les langues, les jurons fusèrent et le pont fut bientôt couvert de sang. Ses lames très vite teintées de rouge, le moine s’efforça dans un premier temps de garder l’œil sur son fils et de se maintenir à ses côtés. Partant du principe que l’ancien doit mourir avant le jeune, il se fit même plusieurs fois rabrouer par celui-ci pour s’être interposé inconsidérément entre lui et les Barbaresques. — Sporca Madonna ! criaient les Vénitiens avant de tom ber et d’être égorgés au sol.
Épuisés, les marins de la Sérénissime ne se battaient plus qu’animés par l’énergie du désespoir. Et c’était là grand massacre, même chez les Barbaresques dont les cadavres s’accumulaient devant les deux Français.
— Foutredieu ! grogna le moine en enfonçant sa dague dans une gorge découverte.
Les deux Français se battaient en gens de métier, sachant rendre plus de coups qu’ils n’en recevaient. Volnay tenait sa position et ses doigts lui faisaient mal tant il serrait avec fureur la garde de son épée. Au bout d’un moment, ahanant de fatigue, le moine se trouva environné par autant de cadavres que d’assaillants. Il frappait si fort que l’écume lui sortait de la bouche. Le voyant en grande difficulté mais ne pouvant le rejoindre, son fils se mit à lui crier :
— Père, garde-toi à droite ! Père, garde-toi à gauche ! Ce à quoi le moine finit par répondre en criant :
— Occupe-toi de sauver tes fesses !

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