Le Nid du coucou
Deux événements terribles, sans lien évident, ébranlent la petite ville de Fjällbacka. Un célèbre photographe est retrouvé sauvagement assassiné dans une salle d'exposition. Henning Bauer, lauréat du prix Nobel de littérature, est victime d'un acte violent sur la petite île où il écrit le 10e livre de sa série mondialement connue. Patrik Hedstrom et ses collègues du commissariat de Tanumshede n'avancent guère dans l'enquête sur ces affaires, pendant qu'Erica Falck enquête sur le meurtre d'un homme transsexuel à Stockholm dans les années 1980. Elle réalise peu à peu que les fils du passé sont liés au présent, et que de vieux péchés laissent de longues ombres derrière eux.
Extrait
Il examinait les photos. Sa décision de ne pas aller à la soirée avait contrarié Vivian, il en avait conscience, mais il n’en avait absolument pas le courage. Le temps avait fini par le rattraper et l’obligeait à chercher la vérité. Il aurait sûrement dû s’y mettre bien avant.
Ce qui s’était passé à l’époque lui avait fait l’effet d’un étau autour de son cou pendant toutes ces années. Il avait eu peur des questions, des réponses, et de tout ce qui se trouvait entre les deux. Ses choix avaient formé l’homme qu’il était aujourd’hui. Et l’image que lui renvoyait son miroir n’était pas particulièrement flatteuse. Une vie entière passée avec les yeux fermés. Il s’était enfin décidé à les ouvrir et à agir.
Il manipulait délicatement les photos encadrées. Il les posa,
l’une après l’autre, contre le mur, et les compta encore une fois. Seize. Tout le monde était bien là.
Il fit quelques pas en arrière pour les observer. Se retourna ensuite vers les autres cadres à proximité, plus simples. Ses cadres de substitution. Sur des bouts de papier, il nota le nom de chaque photo en lettres majuscules et irrégulières.
Ensuite, il scotcha un titre dans chaque cadre. Il n’avait pas besoin d’avoir les originaux sous les yeux pour déterminer leur emplacement sur les murs blancs de la galerie. Chaque photo de l’exposition à venir était gravée sur sa rétine, il lui suffisait de consulter sa mémoire pour les voir distinctement.
Il savait qu’il passerait des heures, jusque tard dans la nuit,
à préparer l’exposition, et qu’il en paierait le prix le lendemain. Il n’était plus un jeune homme. Il savait aussi que lors de l’inauguration deux jours plus tard il se sentirait libéré de ce poids qu’il portait depuis de nombreuses années. Les conséquences de son choix seraient dramatiques. Mais il ne pouvait plus se taire, comme il l’avait fait si longtemps.
Ils avaient tous vécu à l’ombre de leurs mensonges. Certes, ça risquait de les anéantir, et pourtant, il avait l’intention de dire la vérité. La sienne. Et la leur.
Il ne s’était jamais senti aussi libre qu’à l’instant où il apposa le mot Culpabilité dans l’un des cadres.
Même la mort ne lui faisait plus peur.
