Au royaume des glaces - L'impossible voyage de la Jeannette

Au royaume des glaces - L'impossible voyage de la Jeannette

Auteur : Hampton Sides
Editeur : Paulsen

À la fin du XIXe siècle nombreux étaient ceux obsédés par l'une des dernières régions non cartographiées du globe : le pôle Nord. James Gordon Bennett, patron du New York Herald Tribune, qui avait attiré l'attention en envoyant Stanley chercher Livingstone en Afrique pour le compte de son journal, lance une expédition dans les eaux du Grand Nord. Pour se faire, il confie son commandement au jeune officier de marine, George Washington De Long. Le 8 juillet 1879, l'USS Jeannette quitte San Francisco avec 33 hommes à son bord, sous le regard d'une foule en transe, contaminée par la fièvre arctique. Une fois passé les comptoirs d'Alaska, puis le détroit de Béring, le bateau est pris dans les glaces et dérive. Au bout de deux ans d'un voyage éprouvant, la coque se brise et l'équipage est contraint d'abandonner le navire. Seuls sur la banquise, avec de maigres ressources, les naufragés entament une longue marche dans l'enfer gelé de l'une des zones les plus isolées au monde.
Avec rebondissements et ressorts dignes d'un thriller, voici un roman vrai, envoûtant, mêlant héroïsme et détermination. Il est construit autour des personnalités hors du commun du richissime et excessif Bennett, habitué aux coups médiatiques, parfois capricieux, mais sincèrement passionné d'exploration et friand d'exploits - grand sportif, vainqueur de la première course transatlantique en 1863, plus jeune membre du Yatching club de New York, fondateur de nombreux prix automobiles, d'aviation ou de tennis - et du patriotique De Long, qui rêve de voir sa nation atteindre en premier ce pôle tant convoité. Avec habileté, les chapitres alternent entre la vie mondaine new-yorkaise de la fin du XIXe siècle, décrit dans un style flamboyant, et l'horreur de la survie sur la banquise, dans un style pudique où l'auteur manie brillamment la litote. Très documenté, le roman décrit parfaitement le quotidien des hommes, la vie des indigènes qui accueilleront l'une des trois équipes.
L'auteur s'est aussi appuyé sur la correspondance entre George De Long et son épouse Emma, femme forte et importante de ce récit, dont il publie des extraits poignants.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides
24,90 €
Parution : Septembre 2018
508 pages
ISBN : 978-2-3522-1274-4
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Extrait

Lorsque les hommes virent et entendirent une éruption sur la glace ­éclairée par la lune, De Long crut qu’il assistait à la mort de la Jeannette. Deux plaques de glace gigantesques entraient en collision, créant une crête de compression. Le long de leurs franges, les floes se télescopaient, se ­fracassaient les uns sur les autres, soulevant la glace dans une réaction en chaîne qui semblait se diriger droit sur la Jeannette. Le commandant, son second et plusieurs membres de l’équipage, debout sur le toit du rouf, regardèrent le cataclysme avancer comme on regarde un train qui vous fonce dessus. De Long agrippa un étai et hurla : “Tenez-vous bien !” Tandis que la crête mouvante approchait, les hommes, les yeux écarquillés, cherchèrent autour d’eux un cordage, un hauban et, en marmonnant des prières, se préparèrent au choc.