Le livre de toutes les intentions

Auteur : Marin Malaicu-Hondrari
Editeur : Inculte-Dernière Marge

Le narrateur du Livre de toutes les intentions a quitté sa Roumanie natale pour bourlinguer sur les routes d’Espagne et du Portugal, animé par une double obsession : écrire un livre en une nuit et rassembler dans ses pages la vie de tous les grands écrivains suicidés. Qu’il sillonne le pays à bord d’une Lexus « empruntée », garde un garage à l’abandon ou loge dans une sorte de chenil délirant, ses pensées ne s’éloignent jamais vraiment des « embaumés exemplaires », qu’il s’agisse de César Pavese, Sylvia Plath, Cortázar, ou même Diane Arbus, Kurt Cobain.
Une femme traverse sa vie, une certaine Iris, qui prend forme dans sa fumée de cigarette ou quand il retrouve « un bout de liste de courses, une pince à linge cassée, quelques grains de riz »…

Dans ce bref récit d’une liberté explosive, Marin Malaicu-Hondrari réussit à mêler road-trip et méditation, amour de la poésie et excès de café, composant de façon inattendue une sorte de galerie à la fois loufoque et érudite des grands suicidés de la littérature, accompagné par une musique endiablée, celle du « tacatacatac ininterrompu des touches » de sa machine à écrire et rêver.

Traduit du roumain par Laure Hinckel
13,90 €
Parution : Septembre 2021
100 pages
ISBN : 978-2-3608-4124-0
Fiche consultée 16 fois

Extrait

Kleist –le plus frénétique de tous. J’ai commencé comme ça. Heinrich von Kleist – le plus frénétique. Mon préféré aussi. J’ai senti tous mes os craquer. Je m’apprêtais à écrire un livre sur des morts. Iris m’avait fait remarquer que si j’étais « comme ça », c’était parce que je privilégiais leur compagnie à eux, les défunts. Embaumés et exemplaires. Cela faisait des années que j’aspirais à leur fraternité déraisonnable. J’étudiais les armes à feu, la corde, les armes blanches (le stylet, incontournable, le coupe-chou, la lame de rasoir), j’alignais les comprimés (un minimum de vingt-cinq), je contemplais les eaux, j’inspirais à toute force le gaz de mon briquet, je parcourais les ponts, je grimpais dans les tours. Je n’avais pas la moindre intention de me supprimer.
Le stylo avec lequel j’écris est un cadeau d’Iris. Je l’ai reçu au moment où je suis parti et il a ressuscité deux désirs : celui d’écrire un livre en une nuit et celui d’écrire un livre sur les suicidés. Pour dire les choses, je ne me sentais pas capable de réaliser un seul de ces deux souhaits; écrire un livre en une nuit, je n’en avais pas la force, et le livre sur les suicidés me jouait des tours, il faisait du surplace ou, quand il partait, c’était à tort et à travers...

Informations sur le livre