Derrière la chair
Rachid, officier dans l'unité de police d'identification des victimes de catastrophes (UPIVC), est appelé sur les lieux d'un carambolage sans précédent au Havre. Une voiture a violemment percuté un bus de tourisme. Bilan : une cinquantaine de morts. Il est rejoint par la commissaire Rosen qui enquête sur un gang de braqueurs appelé les 1000 visages, connu pour leurs grimages et leurs mises en scène. Lorsqu'ils découvrent que le conducteur n'était pas le propriétaire du véhicule à l'origine de l'accident, le mystère s'épaissit.
Extrait
Le lieutenant Kalef avait à peine franchi la porte de son appartement, qu’il s’écroula dans le canapé, posant son pied droit sur la table du salon. La journée avait été longue, trop longue pour sa jambe qui le faisait souffrir de temps à autre. Par réflexe, il alluma le téléviseur sur une chaîne info, un bandeau rouge «
FLASH SPÉCIAL » apparut sur l’écran, Rachid haussa le son en bâillant. «
Selon l’un des témoins, le vieillard semblait perdu, le regard allant du panneau Western Union aux quelques marches qui le séparaient de l’agence.
Il a monté la première, traînant avec peine derrière lui son caddie à roulettes. Une jeune femme, enceinte et portant le hidjab, lui est venue en aide. Un autre témoin déclare qu’une fois dans le sas, l’homme a incliné la tête en murmurant shkran – merci en arabe – et que le vigile souriait en ouvrant la porte sécurisée, comme attendri par les deux personnes.
Ensuite, tout est allé très vite, le vieillard a retrouvé sa jeunesse perdue et a sorti un pistolet mitrailleur PM Bizon de son chariot, tandis que la jeune femme a dégainé la même arme de son faux ventre. Que ce soit le gardien ou le guichetier, aucun des deux n’a fait acte de bravoure. Nous pouvons comprendre ces hommes qui n’avaient pas envie de se prendre une balle perdue pour un maigre salaire, ils ont obéi aux ordres et ont rempli les sacs tendus par le faux grabataire.
Selon nos sources, des policiers en patrouille auraient trouvé suspect cette antique BMW 528i de la fin des années 1970 avec le moteur qui tournait au ralenti. Le chauffeur, coiffé d’une casquette de baseball et portant des lunettes noires, avait le visage tourné vers le bureau de change. Ils se sont approchés du véhicule au moment même où les deux braqueurs sortaient de l’agence en ouvrant le feu sur les forces de l’ordre, un des policiers est alors tombé à terre. Son collègue a riposté, blessant la femme à la jambe droite, le vieillard a bondi dans le véhicule en achevant sa complice d’une balle en pleine tête, tandis que la BMW a pris la fuite. Malgré les
nombreux barrages, à l’heure actuelle, les truands n’ont toujours pas été interpellés. Il a suffi de moins de cinq minutes pour un butin de plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Le ministère de l’Intérieur a déclaré que les jours du policier blessé n’étaient pas en danger, son gilet pare-balles ayant joué son rôle, et que tout sera mis en œuvre pour mettre fin aux actions de ce gang. Mais pour l’instant, la police semble impuissante.
Je rappelle que c’est le huitième braquage du même type, toujours d’une extrême violence, en moins de trois mois, de ceux que l’on surnomme le gang des 1 000 visages en raison de leurs déguisements à chaque méfait.
C’était Céline Delcroix, en direct de l’avenue Parmentier pour LCI. »
Rachid soupira, éteignit la télévision et prit le bouquin qu’il avait entamé la veille. Il préférait lire plutôt que d’entendre ce genre de remarque, « La police semble impuissante », facile à dire, dorénavant on aime le spectaculaire, le sensationnel ! Il est plus simple de taper sur les flics et de glorifier le truand pour faire de l’audimat que d’être du côté de la justice, ou simplement d’être un minimum impartial…
