Le Sang de la bête
Un policier est retrouvé assassiné dans un abattoir, un post-it « Peuvent-ils souffrir ? » posé sur son corps. Rapidement, un groupe de défenseurs des animaux est mis en cause. Mais l'enquête de l'IGPN, mené par Étienne Barjac, va venir révéler ce qu'il se passe réellement dans les abattoirs, lieu où s'entrechoquent vies professionnelles et enjeux économiques.
Extrait
Étienne Barzac
Il y a d’abord l’odeur.
C’est une odeur écœurante, âcre, qui oblige à ne plus respirer que par la bouche et qui rappelle en permanence ce qui se passe derrière les murs gris. Une odeur de viande.
Une odeur de mort. Parce que derrière ces murs gris, des milliers de bovins sont mis à mort, désossés, découpés et finalement conditionnés pour être vendus dans la grande distribution, chaque jour. Vingt mille tonnes de viande sortent chaque année de l’abattoir.
Cette année, il y aura quatre-vingts kilos de plus.
Oui, le capitaine Pierre Luchaire devait peser quatre-vingts kilos.
Juste avant qu’on ne l’égorge.
Luchaire est comme en génuflexion. Sauf que ses mains sont liées derrière son dos. Il est donc à genoux. Sa tête est inclinée sur le côté gauche, un sillon rouge barre son cou de la pomme d’Adam à l’artère carotide droite. Le sang a imprégné sa chemise blanche sur tout le flanc et une flaque rouge, déjà solidifiée, tache le bitume sous lui.
Il s’est pissé dessus, peut-être qu’il a chié aussi. Le corps se débarrasse fréquemment de l’urine et des excréments lorsque la vie le quitte.
Des gendarmes et des flics de la PJ observent le cadavre en silence. C’est l’un des leurs qui vient d’être tué. Et là, il s’agit d’une exécution, d’une mise en scène même.
Deux types de l’INPS 1 en combinaison blanche et gants bleus tournent autour de lui en relevant ce qui doit leur sembler des preuves. A leurs grimaces, on peut imaginer qu’ils n’en trouvent pas beaucoup.
Lorsque le commandant Étienne Barzac s’approche, les fonctionnaires de la PJ ont peut-être un mouvement de recul en le reconnaissant. L’IGPN 2, aucun flic n’aime ça. À part les flics de l’IGPN. Ou peut-être est-ce simplement sa parano qui se réveille ? Quoi qu’il en soit, Barzac sait que sa réputation le précède toujours sur les scènes de crime. Il s’en fout depuis longtemps, ça fait partie de son métier.
Il s’accroupit devant le cadavre en essayant d’éviter que son trois-quarts ne traîne dans le sang.
–
Capitaine Luchaire, murmure-t-il. Dans quoi vous vous êtes fourré ?
Un post-it bleu est collé sur la poitrine du cadavre :
Peuvent-ils souffrir ? est écrit dessus.
