Lyon, capitale du crime: 1890-1935
Extrait
En exhumant le gang des Lyonnais de la mémoire collective en 2011, Olivier Marchal rappelait combien cette bande originaire de la Croix-Rousse avait troublé une France des années 1970 engoncée dans ses certitudes sécuritaires gaullistes. Surtout,
il réactivait sans le vouloir – ni forcément le savoir – le vieux mythe d’une ville barycentre de la déviance. Un mythe forgé sous la Révolution française puis ciselé sous la monarchie de Juillet, le Second Empire et la IIIe République par ceux qui, garants du bon ordre public, légitimaient ainsi leur propre action. L’étude du crime passe donc immanquablement par celle de la police, notamment scientifique.
Autre positionnement de ce livre, celui de jouer sur les échelles. Un impératif, la notion de capitale prêtant à discussion. Au niveau national, Céline Régnard n’a-t-elle pas démontré que Marseille devient la véritable capitale du crime début XXe ?
Dans sa thèse, elle déjoue les chausse-trappes mémorielles : cela ne viendrait pas d’un ralentissement économique, les étrangers
alimenteraient peu le crime, enfin, loin d’être des oies blanches, les Marseillaises auraient clairement participé à la hausse de la délinquance. À l’échelle mondiale en revanche, c’est Chicago qui passe pour le mistigri du crime, ombrageant la délinquance française.
Le choix de traiter les dossiers peu connus mérite également une clarification. Des douze causes bénéficiant d’un grand angle, seule la dernière eut un retentissement majeur. « Tous les détails de cette affaire ont été publiés dans toute la France », assène le juge à l’accusé. Seulement, le crime de Bourgeat fut vite oublié.
Comment l’expliquer ? Chroniqueurs, magistrats, policiers ou encore médecins assurent la postérité des procès, tel l’avocat lillois Philippe Kah dans Aux enfers du crime1 publié en 1930. Or, leur sélection est une reconstruction sujette à débat, les critères relevant rarement de l’intérêt scientifique.
Cet ouvrage, dans la lignée des Crimes à la une dans lequel Pierre Piazza décortique les affaires parisiennes, se fonde sur un formidable corpus photographique mis en valeur par Nicolas Delestre. Préservé des outrages du temps grâce au travail de conservation mené par Louis Faivre d’Arcier et Bruno Galland – directeurs des archives municipales et départementales –, il émane de divers services. Facultés de médecine, prisons, parquets,
Sûretés, services anthropométriques, laboratoires de police ou encore brigades mobiles produisent les visuels du crime, d’où leur inégale qualité mais aussi remarquable hétérogénéité.
