Le témoin ne répond plus

Auteur : Michael Koryta
Editeur : Calmann-Lévy

Tara Beckley, étudiante, est chargée de conduire un célèbre chercheur au Hammel College, dans l'État du Maine, où il doit donner une conférence, lorsqu'elle est percutée par un véhicule. L'accident tue son passager et la laisse, elle, dans ce que ses médecins pensent être un coma. En réalité, elle est enfermée dans son propre corps, mais bel et bien consciente. Elle apprend ainsi que quelqu'un de puissant a voulu et veut toujours sa mort.
Enquêtrice pour la compagnie d'assurance de l'université, Abby Kaplan comprend vite que l'accident n'en est pas un, et se retrouve encore plus rapidement pourchassée par des tueurs professionnels de très haut niveau, dont un certain Dax Blackwell, petit prodige du crime. Commence alors une traque haletante dont l'enjeu n'est autre que Tara, la seule à pouvoir pointer les coupables du doigt.
Un thriller au suspense si brillant que Stephen King n'a pas hésité à qualifier l'auteur de « maître » du genre !

22,50 €
Parution : Novembre 2020
656 pages
ISBN : 978-2-7021-6756-4
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Extrait

Dix-neuf minutes avant que son cerveau et son corps n’empruntent des chemins séparés, c’était le froid qui préoccupait Tara Beckley.
C’était la première nuit d’octobre, mais avec le soleil couchant et le vent qui se levait, on se serait cru en plein hiver, et Tara pouvait voir son souffle embuer l’air. Un autre soir, ç’aurait participé du charme piquant de la Nouvelle-Angleterre, mais pas celui-ci, alors qu’elle ne portait qu’un fin pull-over sur une légère robe d’été. C’est sûr, elle ne s’attendait pas à rester debout dans le froid, mais après le dîner, elle devait accompagner un certain professeur Amandi Oltamu à sa présentation inaugurale, et le professeur en question faisait les cent pas sur le parking du restaurant qu’ils venaient de quitter en observant les ténèbres et en pianotant sur son téléphone.
Tara essayait de ne pas perdre patience et frissonnait dans le vent nocturne qui soufflait de l’Atlantique nord et emportait les feuilles des arbres. Il fallait qu’ils bougent, et pas seulement à cause du froid. Oltamu devait arriver à dix-neuf heures quarante-cinq précises, la conférence de l’université de Hammel étant orchestrée par une femme prénommée Christine, charmante mais dont les yeux se transformaient en sombres poignards quand on dérogeait même un tant soit peu au planning. Le professeur Oltamu (désolée, le Docteur Oltamu, c’était un de ces poseurs qui insistent sur le titre bien que n’étant pas médecin, juste un doctorant de plus) occupait la toute première place dans le programme de Christine aux-yeux-qui-tuent, et encourait donc davantage encore de regards incendiaires. Après tout, c’était la soirée d’inauguration de ce ridicule gala universitaire.
— Il faut y aller, monsieur, lança Tara au bon docteur.
Il leva une main pour demander une minute de plus et scruta l’obscurité. Trac précédant l’entrée en scène ? Il n’aurait pas pu au moins rester à l’intérieur pour ça ?
La coordinatrice de la conférence, Christine, ainsi que tous les autres membres et étudiants de la faculté qui avaient assisté au dîner inaugural des conférences TED1 version Hammel étaient déjà partis depuis longtemps, laissant Tara seule sur le parking du restaurant avec le Dr Oltamu. C’était un homme curieux qu’on aurait dit fait d’un assemblage d’éléments mal assortis – voix ferme, mais corps sur le qui-vive et qui parcourait le parking d’un regard nerveux, comme si quelque chose le déroutait.
— Je ne veux pas vous brusquer, mais il faudrait vraiment…
— Bien sûr, répondit-il en se dirigeant d’un pas vif vers la voiture.
Elle s’était attendue à ce qu’il monte devant, mais il lui poussa son tapis de yoga et un tas de bouquins de côté et prit place à l’arrière. Très bien. Au moins comme ça, elle pourrait mettre le chauffage.
Elle s’installa au volant, fit démarrer la voiture et jeta un coup d’œil dans le rétroviseur.
— On peut y aller, Dr Oltamu ? demanda-t-elle avec le sourire de celle qui savait tout sur lui, alors qu’en vérité, elle n’en avait pas la moindre idée.
— On peut y aller, répondit-il dans un anglais enjoué et parfaitement maîtrisé où perçait le léger accent de cet homme originaire du… Soudan, non ?
Du Nigeria ? Elle n’arrivait pas à se rappeler. Elle avait vu sa bio, évidemment – Christine s’assurait que les étudiants accompagnateurs soient pourvus de photos et des biographies complètes des distingués orateurs qu’ils auraient à trimballer tout au long de cette glorieuse semaine durant laquelle l’université de Hammel cherchait à attirer quelques-uns des esprits mondiaux les plus brillants sur son campus. L’université de Lettres et Sciences sociales située dans le sud du Maine était petite mais pleine de vigueur, et juste assez proche de Boston pour pouvoir piquer quelques-uns des conférenciers de Harvard ou du MIT cherchant à se faire de l’argent en plus, et dont les noms présentaient bien dans les brochures destinées aux donateurs ainsi qu’aux futurs étudiants. L’idée était d’avoir les plus célèbres, et Hammel y parvenait, mais le Dr Oltamu n’en faisait pas partie. Il devait y avoir une raison pour qu’il soit le premier à passer et non le dernier.
C’était la deuxième année que Tara faisait partie du comité d’accueil étudiant, mais c’était aussi sa dernière car elle s’apprêtait à partir. Elle avait suivi des cours supplémentaires durant les vacances d’été et ne comptait prendre son envol qu’en décembre bien qu’elle pût assister à la remise officielle des diplômes en mai. Elle espérait être absorbée par des projets plus grands et plus intéressants en mai, mais qui sait, peut-être aurait-elle envie de revenir d’ici là ? C’était tout à fait possible. En fait, elle éprouvait déjà la nostalgie de Hammel parce qu’elle savait y goûter pour la dernière fois. Dernier automne dans le Maine, dernières fêtes, derniers partiels, beaucoup de dernières fois.
— On est dans les temps, oui ? demanda le Dr Oltamu.
Il vérifia sur une impressionnante montre en or qu’il portait au poignet gauche, un accessoire qui aurait très bien collé avec son élégant costume si seulement celui-ci avait réellement été à sa taille. Le professeur semblait avoir dédaigné le sur-mesure et allait donc faire son discours affublé d’un costume de prix qu’on aurait dit refilé par un frangin plus grand et plus maigre.
Faire son discours sur…
Bordel, mais qu’est-ce qu’il fait, déjà ?
— On sera pile à l’heure, répondit-elle. Et j’ai hâte d’écouter votre présentation ce soir.
Présentation sur…
Elle avait escompté un peu d’aide, mais il se retourna et contempla la route par la lunette arrière.
— Il y a un itinéraire défini ? demanda-t-il.
— Que voulez-vous dire ?
— Pour se rendre du restaurant au théâtre. Tout le monde emprunte le même chemin ?
— Euh, oui. Enfin, pour autant que je sache.
— On peut en prendre un autre ?
— Je vous demande pardon ? dit-elle en fronçant les sourcils.
— Faites-moi faire le Tara tour, continua-t-il en se retournant et en lui décochant un sourire forcé. J’aimerais voir vos endroits favoris dans le coin.
— Hum… Eh bien mais, je dois vous amener là-bas à l’heure, mais… d’accord.

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