Minuit, dernière limite

Auteur : Lee Child
Editeur : Calmann-Lévy

Rien ne peut arrêter Reacher, fidèle à sa réputation.

De passage dans une petite ville du Wisconsin, Jack Reacher découvre une bague de West Point dans la vitrine d’un prêteur sur gage. Plus intrigant encore, cette bague a appartenu à une femme. Pourquoi cette ancienne de West Point s’est-elle séparée d’un bijou si précieux, preuve de quatre années de durs combats en Irak et en Afghanistan ? Ancien de West Point lui-même, Reacher soupçonne
un vol, voire pire, et décide de retrouver cette femme et de lui rendre sa bague.
Ainsi commence un périple de plus en plus violent et crépusculaire qui le verra errer jusque dans les déserts du Wyoming et régler leur compte à tous ceux qui, bikers, dealers et corrompus divers, n’ont aucune envie de le voir fouiner dans leurs trafics. Au fil de son voyage, Reacher comprend que cette bague raconte surtout l’honneur, mais aussi l’horreur de ce qu’a vécu et vit encore cette femme, qu’il lui faut sauver coûte que coûte.

21,50 €
Parution : 8 Septembre 2021
432 pages
ISBN : 978-2-7021-8000-6
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Extrait

Jack Reacher et Michelle Chang passèrent trois jours à Milwaukee. Le matin du quatrième, elle était partie. Reacher retourna dans la chambre avec du café et trouva un mot sur son oreiller. Il en avait déjà vu de ce genre. Ils disaient tous la même chose. Sans détour, ou indirectement. Celui de Chang appartenait à la deuxième catégorie. Et il était plus élégant que la plupart. Pas en termes de présentation : c’était un gribouillage au stylo-bille sur du papier à lettres de motel, gondolé par l’humidité. Mais élégant en termes d’expression. Elle avait utilisé une comparaison, pour s’expliquer, le complimenter et s’excuser à la fois. Elle avait écrit : « Tu es comme New York. J’adore m’y rendre, mais je ne pourrais jamais y vivre. »
Il fit ce qu’il faisait toujours. Il la laissa partir. Il comprenait. Aucune excuse requise. Il ne pouvait vivre nulle part. Sa vie entière n’était qu’une visite. Qui aurait pu supporter ça ? Il but son café, celui de Chang, récupéra sa brosse à dents dans le verre de la salle de bains, puis se dirigea vers la gare routière en empruntant un dédale de rues. Chang serait probablement dans un taxi pour l’aéroport. Elle avait une carte gold et un téléphone portable.
À la gare, il fit comme d’habitude. Il acheta un ticket pour le premier autocar qui quittait la ville, sans se soucier de sa destination. En l’occurrence, le terminus d’une ligne du nord-ouest, situé au bord du lac Supérieur. Absolument pas la bonne direction. Un endroit plus froid, pas plus chaud. Mais, les règles étant les règles, il monta à bord. Il s’assit et regarda par la fenêtre. Le Wisconsin défilait devant ses yeux, avec ses champs moissonnés et parsemés de bottes de paille, ses pâturages pelés, ses arbres sombres et épais. C’était la fin de l’été.
C’était la fin de plusieurs choses. Chang avait posé les questions habituelles. Des déclarations déguisées, en réalité. Un an, elle pouvait comprendre. Parfaitement. Quand on a grandi sur des bases à l’étranger et qu’on a ensuite été déployé dans des bases à l’étranger sans rien dans l’intervalle sinon quatre ans à West Point, qui n’était pas exactement connu pour être un centre de loisirs, on allait forcément prendre un an pour voyager et voir du pays avant de se poser. Peut-être deux. Mais pas plus. Et pas pour toujours. Il fallait se rendre à l’évidence. Le détecteur de pathologie clignotait.
Tout ça exprimé avec inquiétude, et sans porter de jugement. Rien de bien grave. Juste une conversation de deux minutes. Mais le message était clair. Aussi clair que ce genre de message pouvait l’être. Une histoire de déni. Reacher avait demandé :
— Déni de quoi ?
En son for intérieur, il ne pensait pas que sa vie posait problème.
— Ceci prouve cela, avait répondu Chang.
Il monta donc dans l’autocar direction le terminus et, les règles étant les règles, il aurait fait le voyage jusqu’au bout, mais, à la deuxième halte, il aperçut une bague dans la vitrine d’un prêteur sur gages.

L’arrêt eut lieu en fin de journée, dans le coin triste d’une petite ville. Peut-être un siège d’administration de comté. Ou une annexe. Peut-être abritait-elle le siège du service de police du comté. Il y avait une prison dans cette ville. C’était évident. Reacher apercevait les bureaux de garants de caution judiciaire et la boutique d’un prêteur sur gages. Tous les services adéquats, juste là, côte à côte dans une rue délabrée, au-delà du bâtiment des toilettes.
Il était courbaturé à cause du trajet. Il scruta la rue et s’y dirigea. Sans raison réelle. Juste pour se promener, se détendre. En s’approchant, il compta les guitares dans la vitrine du prêteur sur gages. Sept. Toutes des histoires tristes comme les chansons de la station de radio country. Des rêves, inassouvis. Plus bas dans la vitrine, des étagères en verre remplies de petits objets. Divers bijoux, dont des bagues. Dont des chevalières de fin d’études, de toutes sortes de lycées. Sauf que l’une d’entre elles n’entrait pas dans cette catégorie. C’était celle de West Point, promotion 2005.
Une belle chevalière, de forme et de style traditionnels, à filigrane d’or ouvragé, ornée d’une pierre noire, peut-être semi-précieuse, peut-être en verre, et au cerclage ovale avec la mention West Point en haut, et 2005 en bas. Des caractères à l’ancienne. Une conception classique. Respect pour une époque révolue, ou manque d’imagination. Les élèves de West Point créaient eux-mêmes le dessin de leur anneau. Vieille tradition. Ou vieux privilège, peut-être, car les chevalières de promotion de West Point avaient été les premières du genre.
Elle était minuscule.
Reacher n’aurait pu la mettre à aucun doigt. Même à l’auriculaire, et même pas lui faire passer l’ongle. Certainement pas la première phalange. C’était un modèle réduit. Un anneau de femme. Peut-être une copie pour une petite amie ou une fiancée. Ça s’était déjà vu. Une sorte de dédicace ou un souvenir.
Mais peut-être pas.
Reacher ouvrit la porte du prêteur sur gages et entra. Le type au comptoir leva les yeux. C’était un véritable ours, hirsute, la trentaine, la peau mate, adipeux, mais bien charpenté. Et rusé, à en croire son regard. Assez certainement pour maîtriser sa réaction face au client d’un mètre quatre-vingt-dix-huit et cent treize kilos qui venait d’entrer. Uniquement poussé par l’instinct. Le type n’avait pas peur. Il gardait un pistolet chargé sous le comptoir. À moins d’être idiot. Ce dont il n’avait pas l’air. Mais il ne voulait pas risquer de paraître agressif. Sans non plus sembler obséquieux. Question de fierté. Alors il dit :
— Ça va ?
Pas vraiment, pensa Reacher. Pour être honnête. Chang devait être arrivée à Seattle maintenant. De retour dans sa vie.
Mais il répondit :
— Je n’ai pas à me plaindre.
— Je peux vous aider ?
— Montrez-moi vos chevalières d’université.
Le type retira le plateau de son étagère. Il le posa sur le comptoir. La chevalière de West Point avait roulé, comme une minuscule balle de golf. Reacher la saisit. Elle était gravée à l’intérieur. Il ne s’agissait donc pas d’une copie. Elle n’était pas destinée à une fiancée ou une petite amie. Les copies ne sont jamais gravées. Vieille tradition. Personne n’en connaît l’origine.
Ce n’était ni une dédicace ni un souvenir. C’était une vraie de vraie, celle d’un élève officier, obtenue à l’issue de quatre années difficiles. Portée fièrement. Évidemment. Si vous n’étiez pas fier de l’établissement, vous n’achetiez pas l’anneau. Ce n’était pas obligatoire.
La gravure indiquait S.R.S. 2005.
L’autocar klaxonna trois fois. Prêt à repartir, mais il manquait un passager. Reacher reposa la chevalière, remercia le vendeur, puis sortit du magasin. Il repassa devant les toilettes, se dépêchant de regagner le car, se pencha par la porte et annonça au chauffeur :
— Je reste ici.
— On ne rembourse pas.
— Ça me va comme ça.
— Vous avez un bagage dans la soute ?
— Pas de bagage.
— Je vous souhaite une bonne journée.
Le chauffeur tira un levier et la porte se referma devant Reacher. Le moteur vrombit, et le car partit sans lui. Reacher s’éloigna du sillage de fumée de diesel pour retourner à la boutique du prêteur sur gages.

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