Le Manoir des rêves perdus, tome 2 - Vers la lumière
Après un retour mouvementé au domaine familial et des mois marqués par l'angoisse, Romane s'autorise enfin à croire de nouveau au bonheur et à l'amour aux côtés de Mathis. Mais lorsqu'elle est victime d'une attaque brutale dans les écuries, l'équilibre précaire qu'elle avait réussi à trouver vacille. Et cette agression n'est que le prélude d'une série d'événements terrifiants qui menacent de détruire tout ce qu'elle chérit.
Quand le corps de son agresseur présumé est découvert dans la forêt, empoisonné, la jeune femme comprend qu'une force bien plus sombre rôde autour du haras Sabatier. Entre visions troublantes et secrets familiaux enfouis depuis vingt-cinq ans, elle doit affronter un passé qui refuse de mourir.
Jusqu'où Romane devra-t-elle aller pour protéger sa famille ?
Extrait
Haras Sabatier, dans la nuit du dimanche 15 au lundi 16 janvier 2023
Les exclamations douloureuses de Romane couvraient le bruit du vent d’hiver. L’homme qui se trouvait face à elle portait une cagoule noire qui laissait seulement voir son regard haineux. Vêtu d’une épaisse combinaison en tissu brun, il venait de lui assener une rude paire de gifles de ses grandes mains gantées de cuir noir. Bien qu’étourdie, elle parvint à rester debout, les joues en feu. Derrière son agresseur, la porte qui donnait sur l’arrière de l’écurie était entrouverte, laissant pénétrer un vent glacé ainsi que des flocons épars. Le cadenas et la chaîne que l’intrus avait dû forcer à l’aide d’une pince coupante gisaient sur le sol.
— Qui êtes-vous ? cria-t-elle en reculant d’un mètre. N’approchez pas, j’ai appelé la police !
Dans leur box, les kangals hurlaient d’une rage impuissante, ce qui avait provoqué un concert de hennissements. Phénix, le cheval de Romane, était le plus déchaîné.
— Qu’est-ce que vous voulez ? demanda-t-elle en reculant encore.
L’homme la rattrapa et la saisit par un bras. Il n’avait toujours pas dit un mot, cependant sa brutalité parlait pour lui.
D’instinct, Romane sentit que se débattre ne ferait qu’exacerber la violence de son assaillant. Elle tenta de garder son calme et reporta son attention sur sa bombe lacrymogène. Mathis la lui avait achetée quelques semaines plus tôt et elle avait eu le réflexe de la glisser dans la poche de son sweat dès les premiers bruits suspects. Peut-être pourrait-elle parvenir à la saisir discrètement…
Elle n’eut pas le temps d’esquisser le moindre geste que l’inconnu la frappa en plein ventre. La douleur fut si forte qu’elle s’écroula sur le sol, la respiration coupée. L’homme se pencha et empoigna ses chevilles pour l’entraîner à l’extérieur.
— Non, laissez-moi…, supplia-t-elle.
Un hennissement strident de Phénix fit écho à son cri déchirant. Nala et Boun grognèrent de plus belle. Avec l’énergie du désespoir, Romane parvint à dégager une de ses jambes et tenta de donner un coup de pied à son agresseur, mais elle n’atteignit qu’un de ses genoux.
L’homme poussa un rire rauque. Il respirait fort et soudain il se jeta sur elle, en tentant de baisser son pantalon de jogging.
— Autant en profiter, petite furie, marmonna-t-il.
En proie à une panique viscérale, Romane parvint à extirper la bombe lacrymogène de sa poche et en aspergea le visage de l’homme qui s’écarta avec une clameur furieuse. Ce fut à cet instant qu’elle aperçut une seringue, qui dépassait d’une de ses poches latérales.
— Tu voulais tuer un de nos chevaux, c’est ça ? cria-t-elle, révoltée.
Romane se releva d’un bond et courut jusqu’au box où étaient enfermés Boun et Nala pour les libérer. Les chiens se ruèrent à la poursuite de l’homme qui venait de sortir de l’écurie. Mais une fois dehors, bizarrement, les kangals semblèrent se calmer. Peu après, une moto démarra.
— Je suis sûre que c’était Juan, murmura-t-elle. J’ai reconnu le son de sa voix, sa silhouette. En plus les chiens ne l’ont pas attaqué. Quel salaud, il m’aurait violée s’il avait pu…
Encore tremblante, Romane rappela Boun et Nala qui revinrent aussitôt, le dos à peine hérissé. Elle n’en douta plus. Malgré l’état de choc dans lequel elle se trouvait, Romane ramassa à l’aide d’un mouchoir en papier la pince coupante que son agresseur avait fait tomber dans sa fuite.
— Quel lâche ! chuchota-t-elle. Il ignorait sans doute que je dormais dans le bureau… Si je n’avais pas été là, je suis certaine qu’il aurait tué Phénix. La seringue, c’était pour mon cheval.
Son cœur cognait comme un fou quand elle appela son parrain.
— Qu’est-ce qui se passe, Romane ? dit Quentin, la voix endormie.
— Viens vite, je t’en prie. J’ai été agressée et je suis sûre que c’était Juan.
— Calme-toi, j’arrive. Surtout ne bouge pas et enferme-toi à clef dans le bureau en m’attendant !
Dès qu’elle eut raccroché, la jeune femme composa le numéro de la gendarmerie
