Quelqu'un d'autre
« Il y a trois vérités : ma vérité, ta vérité, la vérité. »
Côte d'Azur - Printemps 2023
Au large de Cannes, un yacht dérive entre les îles de Lérins.À son bord repose Oriana Di Pietro, éditrice italienne et héritière d'une célèbre famille milanaise. Agressée sauvagement, elle succombera après dix jours de coma.
Qui a tué Oriana ?
Un homme et trois femmes livrent leur version de l'histoire : Adrien, le mari de la victime, pianiste de jazz séduisant et mystérieux ; l'insaisissable Adèle, sa jeune maîtresse ; Justine, la policière locale chargée de l'enquête et Oriana enfin, à travers le récit bouleversant des dernières semaines de sa vie.
Personne ne ment.
Mais personne n'est d'accord sur la vérité...
Fascinant et audacieux, ce suspense psychologique imprévisible s'impose comme l'un des romans les plus réussis de Guillaume Musso.
Une histoire exceptionnelle qui ne livre sa vérité qu'à la dernière ligne
Extrait
Côte d’Azur – Baie de Cannes
C’est le ciel qui vous happait d’entrée. Méditerranéen, hypnotique. Un à-plat d’un bleu profond qui donnait le vertige. L’air était pur, dépourvu d’humidité, traversé çà et là par le vol des mouettes au-dessus du bateau. Un yacht de quarante-cinq pieds oscillant dans le clapotis régulier des vagues argentées.
Oriana Di Pietro était arrivée trois heures plus tôt, par un vol en provenance de Milan. Dès que l’avion s’était posé à Nice, elle avait appelé la capitainerie du port Canto pour demander que l’on appareille le Luna Blu. Elle s’était rendue directement à Cannes depuis l’aéroport sans passer par la maison. Elle avait besoin de calme et de solitude pour bien peser les conséquences de la décision qu’elle s’apprêtait à prendre.
Elle avait jeté l’ancre au milieu des deux plus grandes îles de Lérins, là où la mer devient turquoise. Persuadée que cette escapade l’apaiserait et l’aiderait à y voir plus clair, elle s’était installée sur le flybridge où elle avait fait coulisser la banquette pour la transformer en bain de soleil. Depuis cette position surélevée, elle embrassait tout le paysage : l’horizon azur, le massif de l’Estérel, la silhouette romanesque du monastère fortifié de Saint-Honorat.
Pourtant quelque chose n’allait pas.
Oriana avait bien essayé de se détendre, mais, au lieu de l’apaisement espéré, une inquiétude s’installait en elle. À demi redressée sur les coussins, elle retira ses lunettes. La mer s’était assombrie comme si on avait dilué du mercure dans la Grande Bleue. Des vagues s’étaient creusées. Le présage d’une tragédie imminente flottait dans l’air électrique.
Elle se leva de la banquette et s’enroula dans un paréo. Elle sentait une présence. Une menace invisible qui lui fit regretter de ne pas avoir emmené un skipper ou un garde du corps.
Inquiète, elle descendit sur le pont inférieur, inspecta l’intérieur de la cabine, fit le tour du yacht, regarda à travers les fenêtres qui s’étiraient sur toute la longueur de la coque. Elle ne vit personne, mais cela ne calma pas son angoisse.
Qui était là ? Adrien ? Les enfants ? Cette petite garce d’Adèle Keller ?
La peur zébra sa peau de décharges glacées. Elle s’arrêta à l’arrière du bateau, entreprit de se raisonner, s’interrogea de nouveau : de qui avait-elle peur soudain ? Elle se força à respirer à fond pour desserrer la tenaille qui lui mordait le ventre.
Mais l’oxygène lui manquait. L’atmosphère était devenue poisseuse : un souffle lourd, oppressant, incrusté en elle, collé à ses os.
Elle se retourna encore. Oui, quelqu’un l’observait. Qui se rapprochait jusqu’à la frôler.
Elle se pencha vers la passerelle qui descendait à la plage de bain. Là, elle aperçut un canot pneumatique amarré au bateau, près de la plate-forme hydraulique.
Cette fois, elle ne put retenir un cri.
Elle n’était pas folle. Il y avait bien quelqu’un à bord !
Les battements de son cœur pulsèrent dans ses tempes. Elle décida de remonter sur le flybridge, mais dans la précipitation loupa une marche de l’échelle d’accès et retomba sur le pont. Lorsqu’elle leva les yeux, une masse sombre masquait le soleil. Une forme humaine se dressait au-dessus d’elle, vêtue d’une combinaison de plongée noire en néoprène. La silhouette était armée d’une barre à mine de petit calibre ou d’un tisonnier. Bien qu’elle soit coiffée d’une cagoule, on apercevait une bonne partie de son visage.
En reconnaissant les traits de son agresseur, Oriana fut saisie d’effroi et comprit que toute lutte était vaine. Le premier coup l’atteignit à la tête. Le deuxième s’abattit sur son cou sans lui laisser le temps de crier. Elle perdit connaissance tandis qu’une giclée de sang se répandait sur le pont.
