Réussir

Auteur : Martin Amis
Editeur : Calmann-Lévy

«  Il s'est passé quelque chose. Quelque chose qui t'a volé ta sensibilité, ta tendresse, ton coeur, et qui t'a transformé en ce pauvre petit paquet de mépris, d'arrogance et de préjugés pour lequel tu te fais désormais passer. »
 
Gregory et Terence sont frères, mais ils sont radicalement opposés. Au premier, la fortune, le prestige et une assurance teintée d'arrogance semblent ouvrir toutes les portes, tandis que le second, marqué par une blessure d'enfance, accumule échecs professionnels et déceptions sentimentales.
 
Issus de la même éducation, ils n'en poursuivent pas moins des chemins divergents, guidés par des valeurs et une vision du monde irréconciliables.
 
C'est pourtant la même femme qui les captive et devient le catalyseur de cette tragi-comédie littéraire. Récit à deux voix, l'histoire se déploie tantôt sous le regard de Gregory, tantôt sous celui de Terence, dévoilant peu à peu la violence de leur rivalité au point de bouleverser l'image qu'on croyait avoir d'eux.
 
Avec sa verve caustique et sa lucidité implacable, Martin Amis dissèque ici nos travers les plus sombres, offrant une fresque cruelle et jubilatoire.

21,50 €
Parution : Novembre 2025
300 pages
ISBN : 978-2-7021-9134-7
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Extrait

— Terry à l’appareil !
Raclement de gorge à l’autre bout du fil.
— Ah, bonjour, Miranda ! Comment ça va ? Non, Gregory n’est pas là pour l’instant. Rappelle un peu plus tard, d’accord ? Salut.
En fait, Gregory était assis dans la cuisine juste à côté, les mains posées sur la surface granulée de la table, paumes en l’air.
— Alors ? Réussi ? il a demandé.
J’ai fait signe que oui, il a soupiré.
— Voilà qu’elle s’est mise à m’envoyer des poèmes obscènes…
Inutile de ne pas le caresser dans le sens du poil.
— Ah bon ! Et quel genre de poèmes obscènes ?
— Tu as déjà reçu un poème obscène d’une fille ?
— Pas que je me souvienne.
— C’est trop pour moi. Des tirades sur mon « manche glorieux », des tartines sur son « bijou d’ambre ». À moins qu’il ne s’agisse de mon « bijou d’ambre » à moi, je ne sais plus.
— Plutôt du sien, à mon avis. Je vois mal comment elle pourrait avoir un manche glorieux, pas vrai ?
— Elle ? Elle en serait bien capable. Et même d’en avoir deux, tiens !
— Et qu’est-ce qu’elle a à dire sur ton manche glorieux, dans ce poème obscène ?
— Elle est intarissable. J’ai eu du mal à aller jusqu’au bout. Vraiment, j’ai pas besoin de ça en ce moment.
— Beurk ! Dégueulasse, j’ai dit avec enthousiasme. Qu’est-ce que tu comptes faire, Greg ?
— C’est bien le problème. Qu’est-ce que je peux bien faire ? Lui dire « Écoute, ça suffit, les poèmes obscènes, d’accord ? Finis, les poèmes obscènes » ? Délicat. Je pourrais toujours appeler la police, j’imagine… et les laisser régler la question. Mais avec toutes les horreurs qu’elle m’oblige à faire au lit, en plus…
— Et si tu lui disais de déguerpir ?
Gregory a levé vers moi un regard de chiot effaré.
— On peut dire ça à quelqu’un ? C’est… c’est ce que tu ferais, toi ?
— Moi ? Ah ça non, alors ! Je ferais tout pour qu’elle m’oblige à faire des horreurs au lit. Je la laisserais même m’écrire des poèmes obscènes. Et encore, je lui en écrirais aussi, des poèmes obscènes.
— C’est vrai ?
— Vrai de vrai. Je suis en manque, c’est atroce ce que je suis en manque. Ça me ronge. Il n’y a presque plus personne qui ait envie de baiser avec moi. Je ne sais pas pourquoi. Même Gita ne veut plus.
— La naine avec les oreilles en feuilles de chou, là ? Pourquoi pas ?
— Putain, mais qu’est-ce que j’en sais ? Elle n’en a plus envie, apparemment. Elle ne sait pas pourquoi, mais juste qu’elle n’en a plus envie.
À ces mots, Gregory a tressailli.
— Bizarre, il a dit en se calant contre le dossier de sa chaise. Avec moi, c’est tout le contraire. Les gens veulent toujours plus baiser avec moi que moi avec eux.
— Veinard ! Mais c’est que t’es pédé, aussi. Ou presque, en tout cas. Suffit d’être pédé pour se faire baiser. C’est l’avantage, remarque. Vous, les pédés, vous vous foutez royalement de ce qui se passe chez vos voisins.
— En fait, c’est pas mon truc en ce moment, il a répondu en bandant les muscles de son cou. Mais cette foutue Miranda…
— Ah oui !
— Miranda et tout ce qu’elle me demande…
Gregory a plongé son visage entre ses mains.
— Encore une nuit comme celle-là… C’est au-dessus de mes forces. Impossible, absolument impossible.

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