L'Instinct maternel

Auteur : Barbara Abel
Editeur : Ed Du Masque

Richard et Jeanne Tavier jouent, depuis de nombreuses années, la comédie du bonheur parfait dans le milieu huppé qu'ils fréquentent. Leur agressivité et leur mépris sont renforcés par le fait qu'ils n'ont jamais pu avoir d'enfant. Edwige, la confidente de Jeanne, l'aide de son mieux en lui procurant conseils et tendresse. Un soir, celle-ci débarque chez elle et lui annonce que Richard s'est rompu le cou en tombant dans l'escalier. Edwige n'est pas dupe mais couvre son amie en l'assurant de son silence. À l'ouverture du testament, le notaire annonce à la veuve que Richard lègue sa fortune à une inconnue. Blessée et dépitée, Jeanne transforme son ressentiment en une boule de fiel qui lui fait perdre la raison. Décidée à retrouver la femme qui a hérité à sa place, elle a bien l'intention de la supprimer.

9,10 €
Parution : Mai 2021
Format: Poche
432 pages
ISBN : 978-2-7024-4961-5
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Extrait

Rang de perles ou rivière de diamants ? Jeanne hésite. D’une main experte, elle accroche une broche scintillante à l’étoffe de sa robe. Aftershave. Deux claques sonores sur les joues. Richard redresse son nœud papillon puis vérifie la fermeture de ses boutons de manchette. Jeanne examine l’état de ses bas et opte pour la rivière de diamants, qui illumine le regard. Escarpins vernis. Gants de soie noire. Sac à main dont elle contrôle le contenu d’un rapide coup d’œil : rouge à lèvres, fard à joues, vaporisateur, cigarettes, briquet, vernis à ongles, étui à cartes. Prozac. Richard enfile la veste de son smoking d’un mouvement souple et fluide. Passe une main vigoureuse dans ses cheveux. Jette un regard soucieux à sa montre.
Avant de refermer son sac, Jeanne vérifie son maquillage. Retouche le rouge de ses lèvres, atténue le fard à paupières sous l’arcade sourcilière droite. Dernier coup de laque. Dernier coup d’œil. Richard adresse un sourire confiant au miroir qui lui fait face. Jeanne est prête. Elle saisit sa fourrure et sort de sa chambre. En descendant l’escalier de marbre, elle aperçoit Richard qui l’attend déjà dans le hall. Elle le rejoint sans se presser tandis qu’il fait signe au chauffeur d’avancer la voiture.
Lorsqu’ils arrivent au château, un long cortège d’invités gravit déjà les marches du perron. En ce début de printemps, le temps s’est adouci malgré un vent léger qui joue avec les parures des dames. Chaque couple s’avance élégamment vers la grande entrée, distribuant au passage une suite calculée de saluts et de sourires entendus. Le décor ainsi que l’éclairage ont été soigneusement étudiés pour la noce, alliant parfaitement la délicate harmonie requise par l’événement à la nécessité de voir et d’être vu sans difficulté.
Après avoir monté les cinq marches de l’escalier de pierre, on se doit de présenter discrètement son carton d’invitation, tout en marquant une pause à peine perceptible, puis l’on continue d’avancer dignement vers le grand hall de marbre. On perçoit alors le bruit cristallin des verres qui s’entrechoquent avec légèreté, ainsi qu’un mélodieux tango joué en sourdine par un orchestre de trente musiciens. Un épais tapis, dont la couleur rouge semble tracer un chemin de gloire, guide tout naturellement chaque hôte vers la salle de réception. Tout est somptueux. Les majordomes circulent avec aisance et distinction parmi les invités, présentant des plateaux chargés de coupes remplies de champagne et de petits fours aux saveurs exquises. L’honorable assemblée se meut avec grâce, et chacun offre à qui mieux mieux l’image la plus parfaite de la réussite sociale associée à la beauté et au pouvoir.
Ce soir-là, le comte de Valendreux mariait sa fille unique et, pour la circonstance, il avait fait étalage de toutes ses richesses. L’heureux élu était un noble anglais de très bonne famille qui avait mis plus de deux années à obtenir la main de la jeune comtesse. La mariée était vêtue d’une robe dont le faste n’avait d’égal que la blancheur, bien que la signification du ton choisi ne correspondait plus vraiment au sens que certains lui donnaient encore. Toute l’aristocratie française et anglaise avait été conviée, ainsi que les représentants politiques des pays les plus en vue. Le comte affichait l’expression parfaite du père comblé et recevait personnellement aux côtés de son épouse chaque invité du jeune couple.

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