Meurtre en Périgord

Auteur : Martin Walker
Editeur : Le Masque

Bruno Courrèges, chef de la police municipale du village de Saint-Denis, en Dordogne, voit sa paisible existence bouleversée par un meurtre d'une brutalité sans précédent. Hamid, retraité de l'armée française qui s'est comporté en héros pendant la Seconde Guerre mondiale, est retrouvé chez lui lacéré de coups de couteaux, une croix gammée gravée sur le torse. Aussitôt, les enquêteurs songent à un crime raciste et les regards se tournent vers les groupes d'extrême droite.
Tenu à l'écart par la police nationale, Bruno est pourtant bien déterminé à tirer cette affaire au clair. Mais certaines vérités sont difficiles à entendre, et leurs conséquences pourraient bien ébranler le village...

8,90 €
Parution : Mai 2024
Format: Poche
416 pages
ISBN : 978-2-7024-5184-7
Fiche consultée 36 fois

Extrait

Par une matinée ensoleillée de mai, alors qu’un léger voile de brume recouvrait encore la grande boucle de la rivière, une fourgonnette blanche s’arrêta sur la crête de la colline au-dessus du petit village. Un homme en sortit, marcha à grandes enjambées jusqu’au bord de la route et s’étira tout en admirant le paysage familier qui s’offrait à lui. Il était encore jeune et, au vu de ses gestes vifs et précis, manifestement en forme. Il se mit à tâter son tour de taille. À cette période de l’année, entre la fin de la saison de rugby et l’ouverture de la chasse, le risque de prendre du poids était plus grand et, comme il n’ignorait pas son penchant pour la bonne chère, il préférait rester vigilant. L’homme portait un uniforme incomplet : une chemise bleu ciel parfaitement repassée, avec des épaulettes mais sans cravate, et un pantalon bleu marine sur des bottes noires. Il avait des lèvres rieuses, des yeux marron pétillants de malice, et des cheveux bruns, épais, impeccablement coupés. Sur l’insigne accroché à sa chemise et sur le côté de la fourgonnette, on pouvait lire deux mots : police municipale. Une casquette un peu poussiéreuse était posée sur le siège passager.
À l’arrière du véhicule, un pied-de-biche, des câbles de batterie emmêlés, deux paniers – l’un avec sa première récolte de pois gourmands de l’année, l’autre rempli d’œufs frais –, deux raquettes de tennis, une paire de chaussures de rugby, des baskets et un grand sac plein de vêtements de sport, le tout à moitié entortillé dans la ligne d’une canne à pêche. Ensevelis quelque part sous ce fouillis, il y avait aussi une trousse de premiers secours, une couverture, une petite boîte à outils et surtout, un panier de pique-nique contenant verres, assiettes, sel et poivre, une tête d’ail et un Laguiole pliant avec un manche en corne muni d’un tire-bouchon. La bouteille d’eau-de-vie, plus ou moins frelatée, qu’un ami paysan lui avait offerte était bien calée sous le siège conducteur. Il s’en servirait pour faire son vin de noix, à la Sainte-Catherine, lorsque les noix vertes auraient bien macéré. Benoît Courrèges – le chef de la police municipale de Saint-Denis, petite commune comptant deux mille neuf cents âmes –, que tout le monde appelait Bruno, était paré pour faire face à toutes les situations.
Enfin presque. Il ne portait pas la lourde ceinture à laquelle les policiers accrochent d’ordinaire leur pistolet, leurs menottes, une lampe torche, des clefs et un carnet, ni le reste de l’attirail qui leste habituellement les agents des forces de l’ordre. Quelque part dans le bazar de la fourgonnette, il devait y avoir une vieille paire de menottes, mais Bruno avait depuis longtemps oublié où il avait mis les clefs. La lampe torche, il l’avait, mais il fallait qu’il pense à racheter des piles neuves. Son carnet et ses stylos étaient rangés dans la boîte à gants, même si, pour l’heure, le carnet ne contenait que des recettes de cuisine, des notes prises lors de la dernière réunion du club de tennis – dont il allait devoir taper le compte rendu, à son bureau, sur un vieil ordinateur capricieux – et la liste des noms et des numéros de téléphone des joueurs de l’équipe des minimes qu’il entraînait au club de rugby.
Quant au pistolet de Bruno, un MAB 9 mm semi-automatique plutôt ancien, il était entreposé dans le coffre de son bureau, à la mairie. Il ne le sortait qu’une fois par an, lorsqu’il se rendait au champ de tir de la gendarmerie de Périgueux pour le renouvellement de son permis de port d’arme. Au cours de ses huit années de carrière dans la police municipale, il n’avait porté son arme en service qu’en trois occasions. La première, lorsque toutes les polices avaient été mises en alerte à cause d’un chien enragé signalé dans une commune voisine. La deuxième quand, à l’occasion d’une visite officielle de la grotte de Lascaux, le président de la République était venu rendre visite à l’un de ses amis de longue date : Gérard Mangin, l’employeur de Bruno et maire de Saint-Denis. Fièrement, Bruno avait salué le chef de l’État, monté la garde devant la mairie et bavardé avec les gardes du corps du président, tous bien mieux armés que lui, dont l’un était un ancien camarade de régiment. La troisième fois, c’était lorsque le kangourou boxeur d’un cirque de la région avait réussi à s’échapper, mais ça, c’était une autre histoire. Bruno n’avait encore jamais eu à utiliser son arme, et même s’il ne s’en vantait pas, au fond, il en était très fier. Bien sûr, à l’instar des autres hommes de la commune – et d’un nombre non négligeable de femmes –, pendant la saison de la chasse, il se servait de son fusil quasiment tous les jours. Il était rare qu’il rate ses proies. Cela n’arrivait que lorsqu’il chassait des animaux particulièrement difficiles à débusquer, comme la bécasse : son mets préféré.

Informations sur le livre