La Neuvième Heure

Auteur : Alice McDermott
Editeur : Quai Voltaire

Jim, jeune homme aux grands yeux bleus qui a dû mal à se lever le matin, vient d'être congédié de son emploi aux chemins de fer. Il referme la porte derrière sa femme Annie qu'il a envoyée faire des courses, puis enroule soigneusement son pardessus "dans le sens de la longueur" pour le poser au pied de la porte. Quand Annie reviendra, elle manquera de faire sauter la maison entière en craquant une allumette dans l'appartement rempli de gaz. Malgré la fatigue et ses chevilles enflées, Soeur Saint-Sauveur, en chemin vers le couvent voisin après une journée à faire l'aumône, prend la relève des pompiers auprès de la jeune femme enceinte et des voisins sinistrés de ce petit immeuble de Brooklyn. Elle tente de faire jouer ses relations pour que Jim soit enterré dans le cimetière catholique où le couple avait acheté une concession, mais la nouvelle du suicide est déjà parue dans le journal. Il lui reste à veiller son corps, en compagnie de l'acariâtre Soeur Lucy et de la novice Soeur Jeanne, en attendant que le croque-mort l'emporte à la fosse commune.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud
22,50 €
Parution : Août 2018
288 pages
ISBN : 978-2-7103-8564-6
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La presse en parle

Il n’est guère courant, aux Etats-Unis, que les protagonistes d’un roman contemporain soient des bonnes sœurs catholiques. Surtout au temps où, en Amérique comme ailleurs, la révolte gronde contre l’Eglise et ses dérives – Alice McDermott fait d’ailleurs partie d’un collectif de croyantes qui a porté des propositions de réformes, le 12 novembre, devant l’assemblée plénière des évêques américains réunis à Baltimore. Pour autant, son roman n’est en rien prosélyte. Il montre, derrière les cornettes et les stéréotypes, la personnalité souvent très riche de ces femmes, leur courage, leur contrôle d’elles-mêmes et leur détermination au moment d’accomplir, au chevet de leurs semblables, les tâches les plus rudes – celles auxquelles il faut bien faire face quand « Dieu se cache la tête dans les mains ». Mais il ne voile rien non plus de l’hypocrisie et des silences étouffants autour du suicide de Jim. Sally – qui souffre de dépression chronique – ne saura jamais la vérité sur son père. Si bien que l’on sort du roman avec un sentiment mitigé, comme d’un stabat mater à la fois tonique et mélancolique, où rien n’est vraiment réglé après trois générations.
Florence Noiville, Le Monde