OK Boomer

Auteur : Alexandre Guyomard
Editeur : Léo Scheer
En deux mots...

En détruisant toute idée de transmission patrimoniale, culturelle ou génétique, les baby-boomers ont privé les nouvelles générations de la possibilité de se forger une histoire, une identité.

17,00 €
Parution : Août 2020
200 pages
ISBN : 978-2-7561-1328-9
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Présentation de l'éditeur

« C’est à cause d’eux qu’on n’a pas de boulot, ou alors des boulots de merde. À cause d’eux que Diane et toi, vous avez des familles dysfonctionnelles. Moi, mon père, en 68, il avait quarante ans, et il défilait sur les Champs-Élysées pour le Général. »
Louis, trente ans, vient de se faire virer de son agence de pub et vit en colocation. Pour ce « fils de vieux » qui a sauté sur Diên Biên Phu, les responsables de son échec sont les baby-boomers, qui refusent d’abandonner leur place dorée au sommet de la société du spectacle. Pire, en détruisant toute idée de transmission, patrimoniale, culturelle ou même génétique, ils ont laissé une génération sans repères, écartelée entre la tentation du nihilisme et la volonté de dépassement. Leur salut ? Renoncer au bien-être et à la sécurité, pour retrouver le goût du combat.

Extrait

Ils n’avaient pas tout à fait trente ans et partageaient cent cinquante mètres carrés, le loyer, l’eau, le gaz, l’électricité et quelques bouteilles de vin. Ils avaient à peine trente ans et exerçaient des métiers aussi divers que mal rémunérés dans les secteurs de la publicité, du marketing, de la communication ou de la mode. Ils avaient tout juste trente ans et avançaient dans la vie en formation serrée comme une tortue romaine. Ils étaient quatre au cœur d’une ville, parfois hostile, le plus souvent indifférente, de près de douze millions d’habitants.
Ils étaient quatre et se débattaient pêle-mêle avec les impôts, la sécurité sociale, leurs mères, leurs pères, des hotlines, leur gardienne, leurs voisins, leur patron, parfois leur ex. Le combat leur semblait inégal, ils ne voulaient pas le mener seuls. En 2011, la solitude avait été érigée en Grande Cause nationale, comme le cancer, la sécurité routière ou les violences faites aux femmes avant elle. Ils ne voulaient plus jamais être seuls.
Mus par un instinct de survie presque animal, ils s’étaient regroupés comme le font les enfants des rues de Bogotá, Mexico ou Calcutta. Sauf qu’ils étaient depuis longtemps entrés dans l’âge adulte. Le plus vieux approchait de l’espérance de vie de certains pays africains.
C’était l’hiver où tout le monde à Paris s’était mis à porter des cabans. Durable et équitable se disputaient le titre de « mot de l’année ». DSK jouait les Godot (c’était avant de se faire prendre au Sofitel), Marine Le Pen atteignait des chiffres records dans les sondages. La France se partageait entre ceux qui galéraient et ceux qui s’emmerdaient.
On était dimanche soir, il y avait des moulures au plafond, et plusieurs bouteilles de bordeaux vides sur la table basse s’érigeaient, tels des squelettes de tours rescapées d’un holocauste nucléaire, au milieu des restes de ce qui quelques heures plus tôt avait été un brunch. En guise de radioactivité, l’air était contaminé par la fumée de cigarettes et le cynisme. Un des principaux symptômes d’une maladie qui s’était abattue sur leur génération comme la petite vérole sur le bas clergé breton, et qui portait le nom géographique, le nom météorologique, économique, clinique, le triste nom de dépression.
« Je vais me coucher, je travaille tôt, a déclaré Diane. Quelqu’un veut un Xanax ?
— Je vais plutôt me rouler un joint, a dit Jay qui de toute façon ne se couchait jamais avant l’aube.
— Non merci, j’ai un copain qui va passer », a répondu Nymphéa.
Louis a accepté avec enthousiasme. Il venait d’emménager dans cet appartement et, déjà, il sentait qu’il s’y plairait, et qu’ici, enfin, tout pourrait arriver. En attendant, une aide médicamenteuse n’était pas de refus.

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