Cyrano, Confucius et moi

Une chinoise à Paris
Auteur : Li Chunyan
Editeur : Archipel

— Tu vas voir, c’est excellent, insiste Benjamin.
— Un escargot, ce n’est pas très propre quand même. — Ils ont été nettoyés, que crois-tu ? Allez, goûte !
Je rassemble tout mon courage. Mon spécimen est bien plus gros dénudé que dans sa coquille. Je ferme les yeux et porte l’animal à ma bouche avec appréhension. Tous les convives s’arrêtent de manger.
— Mais c’est… délicieux !

Issue d’une famille modeste d’un village du Sud de la Chine, Chunyan Li dévore très tôt les classiques français et rêve de découvrir le monde. Reçue à 18 ans à la prestigieuse université de Pékin, elle est admise six ans plus tard à HEC et s’envole pour la France, pays « romantique » par excellence aux yeux des Asiatiques.

Dès son arrivée à Paris, « Hirondelle de printemps » vit des expériences étonnantes, souvent inattendues, tombe amoureuse… et se heurte aux quiproquos, différences culturelles et préjugés sur la Chine et les Chinois.
Celle qui est devenue une « Parisienne chinoise » maîtrise désormais les codes occidentaux sans avoir jamais renié ses racines.

Issue d'un milieu très modeste dans un village du Sud de la Chine, Chunyan Li (« Hirondelle de printemps ») lit les classiques français et désire dès son plus jeune âge découvrir le monde. Étudiante brillante admise à 18 ans à l'université de Pékin, l'une des deux plus prestigieuses de Chine, à plus de mille kilomètres de son village natal, elle se lance six ans plus tard dans une nouvelle aventure : reçue à HEC, elle part pour la France, le pays « romantique » par excellence aux yeux des Chinois.
Dès son arrivée dans l'hexagone, « Hirondelle de printemps » se heurte aux quiproquos et préjugés en tout genre sur la Chine et les Chinois. Elle tombe amoureuse, vit des expériences décevantes, fait son apprentissage à Paris. Plus forte après chaque histoire, celle qui est devenue une « Parisienne chinoise » manie désormais les codes occidentaux tout en conservant ses racines.

20,00 €
Parution : 4 Février 2021
ISBN : 978-2-8098-2813-9
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Extrait

— Chunyan. Est-ce que je prononce ton prénom correctement ?
— Oui, monsieur.
Il le prononce mal, d’un ton qui m’apparaît très exotique. Mais comment lui en vouloir? Même dans une grande école ouverte à l’international comme HEC, on ne peut pas demander aux professeurs, aussi qualifiés soient-ils, de maîtriser le casse-tête des accents toniques mandarins.
Je suis en France depuis plus d’une semaine. J’assiste à mon premier cours dans la prestigieuse école de commerce. Moi, la petite paysanne de Jiuweigang, banlieue de Nantong, province du Jiangsu, je suis assise parmi l’élite d’un pays qui n’est pas le mien, mais m’a tant fait rêver. Étudier en France ! Ce rêve est maintenant réalité. Mais passé l’émerveillement des premiers instants, je comprends vite que mon intégration ici ne sera pas une simple formalité. Je n’imagine pas encore à quel point j’ai raison. Mais pour le prénom, j’ai anticipé les difficultés. Et trouvé la parade.
— Vous pouvez m’appeler Juliette, si vous voulez.
— Juliette? Pourquoi Juliette? répond le professeur, étonné.
— On m’appelle parfois comme ça en Chine.
— Comment ça, en Chine ? Tu es chinoise, n’est-ce pas ?
— Oui, monsieur.
— Et tu as deux prénoms ?
— Non. Enfin, oui, si on veut.
Mais pourquoi me suis-je lancée dans cette discussion ? Quelle idiote. La situation commence à devenir embarrassante pour tout le monde. Je suis rouge comme le drapeau chinois, et le malheureux prof paraît de son côté vraiment perdu. J’admets qu’il y a là matière à confusion, alors je tente une explication.
— En Chine, ceux qui côtoient des étrangers choisissent toujours un prénom occidental, car il n’est pas toujours évident de prononcer et retenir les prénoms chinois.
J’avais choisi le mien pendant ma première année d’études à l’université de Pékin, où j’avais découvert la langue de Molière. La professeure de français avait inscrit au tableau une série de suggestions en phase avec ses propres goûts. Pour les filles, nous avions donc le choix entre Chantal, Sylvie, Béatrice, Nicole... À l’époque, je n’avais aucune idée de l’aspect plutôt désuet de cette sélection. Mes camarades avaient eu le privilège de faire leur marché avant moi, tant et si bien que mon tour venu, seul « Nicole » était encore disponible. Jusqu’au jour où une Chinoise ayant vécu en France m’a mise au parfum: «Nicole, ça sonne un peu vieillot pour toi. Juliette te conviendrait mieux.» J’ai suivi son conseil, d’autant que la sonorité de « Juliette » avait l’avantage d’être plus proche de Chunyan.
— Ah, d’accord, je comprends mieux, a réagi le professeur d’HEC, presque soulagé. Mais franchement, quel est l’intérêt de te faire appeler Juliette? Chunyan, c’est joli comme prénom.
Le reste de la classe a hoché la tête en guise d’approbation. J’étais flattée. En vérité je n’attachais aucune espèce d’importance aux erreurs de prononciation associées à mon prénom.
Dans la bouche des Français, Chūnyàn devient naturellement Chunyan, prononcé Chun-yanne. Cette touche d’exotisme ne m’a jamais déplu, bien au contraire. D’ailleurs, Chūn se prononce bien chun, sans autre forme de nuance. Avec le a de yàn, la situation se complique. En mandarin, il existe quatre façons de prononcer la lettre a: ā, á, ă, et à. Quatre tons très différents pour les Chinois, mais pour les Français ils se valent tous et les plongent dans un profond trouble. Par chance, qu’il soit bien ou mal prononcé, mon prénom est d’un abord assez facile pour la majorité des Français. Mon sort aurait été beaucoup moins enviable si je m’étais appelée Xiang, dont la prononciation correcte est très proche de l’adjectif « chiant ».

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