Chimère
Une chimère, c'est une créature imaginaire composée de parties disparates. Par exemple : une histoire policière racontée par cinq femmes, sur une playlist italo-disco.
Bien loin des rivages de l’autobiographie dans laquelle elle excelle, l’autrice de La route des estuaires, spécialiste d’Henry James, traductrice de Francis Scott Fitzgerald revient nous combler avec Chimère, son dernier livre, paru en janvier chez P.O.L. Un premier polar tissé serré, intrecciato diraient certains, irrésistible de drôlerie et de vilaines manigances sur le meurtre à peine déguisé d’un chef de famille pourri jusqu’à la moelle et dont le mystère hante encore vingt-six ans plus tard les femmes qu’il a tyrannisées sa vie durant.
La presse en parle
Ce qu’il y a de délicieux dans ce roman choral, c’est l’humour ravageur de ce fabuleux quintet de dames qui l’irrigue de bout en bout malgré les drames. On pense souvent aux Huit femmes de François Ozon, aux héroïnes de Lubitsch et leur infinie fantaisie. Par-delà l’intrigue policière, Julie Wolkenstein dessine aussi en toile de fond une ode à l’amitié indéfectible entre homme et femme telle qu’elle peut se nouer à l’adolescence dans la chaleur des étés passés en bord de mer. Un sentiment pur fondé sur autre chose que les rapports de pouvoir et qui parfois se transforme en amour durable et salvateur. À l’arrivée, la romancière compose un récit sombre et caustique sur les hommes, les femmes et leur incapacité à vivre en harmonie. Mais surtout, elle signe un livre plein de vie. Et l’on pense à cette phrase du roman du grand Fitzgerald, Beaux et maudits, dont Julie Wolkenstein a publié une nouvelle traduction chez P.O.L en 2021 : "Il cherche à atteindre la vie. C’est le cas de tout auteur… ". Mission accomplie.
France Télévisions
La romancière de « Colloque sentimental » et des « Vacances », fine spécialiste d’Edith Warton et de Francis Scott Fitzgerald, a dû bien s’amuser à concevoir ce Cluedo littéraire qui évoque à la fois les polars vénéneux de Chabrol et le Mankiewicz malicieux de « Guêpier pour trois abeilles ». Mais pas seulement. Son jeu avec ses lecteurs n’est jamais gratuit. Difficile d’en dévoiler plus ici, mais au cœur du livre se cachent un sacré « salopard » et une cruelle histoire d’emprise, qui emprunte avec beaucoup d’ingéniosité à la génétique comme aux notions clés théorisées par le féminisme depuis #MeToo. Et partout, malgré tout, comme toujours chez l’écrivaine de « Et toujours en été », la mélancolie se faufile sans tapage, à travers les souvenirs mêlés de l’enfer des années sida et du paradis normand de Saint-Pair-sur-Mer...
