Mensonge

Aime-moi. Confie-toi. Mais ne me crois pas.
Auteur : J. P. Delaney
Editeur : Fayard/Mazarine

Mêlée contre son gré à une enquête pour meurtre, une actrice sans le sou pense jouer à merveille son rôle d'appât pour le compte de la police. Jusqu'à ce que qu'elle se rende compte qu'elle est peut-être en train de jouer le rôle le plus mortel de sa vie.
Étudiante en art dramatique à New York, Claire finance ses cours de théâtre en jouant un rôle peu conventionnel : elle flirte, pour le compte d'un cabinet d'avocats spécialisé dans les divorces, avec des hommes mariés suspectés d'infidélité. Sa couverture fonctionne parfaitement, jusqu'à ce que l'une de ses « proies » soit soupçonnée de meurtre.
La police exige alors de Claire qu'elle utilise ses talents d'actrice pour pousser Patrick Fogler à confesser son crime. En somme, qu'elle leur serve d'appât. Pourtant, cet universitaire élégant est loin du manipulateur pervers qu'on lui a décrit. Sans compter qu'il demeure indifférent aux avances de Claire. Pourquoi cette mise en scène ressemble-t-elle de plus en plus à un vaste mensonge ? Alors que Claire pensait y faire une apparition de figurante, y tiendrait-elle, à son insu, le premier rôle le plus dangereux de sa vie ? Mais, désormais, il est trop tard pour reculer. Place au spectacle.

Traduction : Jean Esch
21,90 €
Parution : Septembre 2019
432 pages
ISBN : 978-2-8637-4513-7
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Extrait

Prologue

Le jour de leur départ, les clients doivent libérer la chambre à midi.
À 11 heures, le cinquième étage du Lexington Hotel s’est presque entièrement vidé. Nous sommes dans le centre de Manhattan, où même les touristes ont un planning chargé : musées, grands magasins et monuments. Les clients qui espéraient faire la grasse matinée ont été réveillés par les voix des femmes de ménage, qui s’interpellent en espagnol quand elles entrent et sortent de la buanderie située à côté de l’ascenseur. Elles préparent les chambres pour l’invasion de l’après-midi.
Les plateaux de petit-déjeuner qui parsèment le couloir indiquent celles qui n’ont pas encore été nettoyées.
Il n’y a pas de plateau devant la porte de la suite avec terrasse.
Tous les matins, un exemplaire du New York Times est distribué gracieusement dans chaque chambre.
Cadeau négligé par l’occupant de la suite. Le journal est toujours sur le paillasson, intact. L’écriteau « NE PAS DÉRANGER » pend à la poignée.
Consuela Alvarez choisit de garder cette chambre pour la fin. Puis, lorsque toutes les autres ont été faites, elle ne peut plus attendre. Une vive douleur dans le bas du dos la fait grimacer : elle a déjà changé une dizaine de lits ce matin et récuré autant de cabines de douche. Elle frappe à la porte avec son passe magnétique. « Femme de chambre ! » s’écrie-t-elle et elle attend la réponse.
Rien.
La première chose qu’elle remarque en entrant, c’est le froid. Un courant d’air glacé passe entre les rideaux. Faisant claquer sa langue d’un air désapprobateur, elle marche jusqu’à la fenêtre et tire sur le cordon. Une lumière grise envahit la chambre.
Où règne le plus grand désordre. Elle ferme brutalement la porte.
La personne couchée dans le lit ne bouge pas.
« S’il vous plaît… Il faut vous réveiller », dit Consuela, gênée.
Le drap couvre le visage. Il estompe les contours du corps, qui semble enseveli sous plusieurs épaisseurs de neige.
En balayant du regard la lampe renversée, le verre à vin brisé, Consuela est soudain gagnée par un mauvais pressentiment. L’année dernière, il y a eu un décès au premier étage. Une sale histoire. Un jeune homme a fait une overdose dans la salle de bains. Et l’hôtel était complet. Il a fallu nettoyer la chambre pour accueillir le nouvel arrivant, à 17 heures.
À y regarder de plus près, plusieurs détails lui semblent anormaux, voire étranges, dans cette suite. Qui se couche en laissant un verre brisé sur la moquette, au risque de marcher dessus le lendemain matin ? Qui dort avec le drap sur la tête ? Des chambres d’hôtel, Consuela en a vu un paquet, et la scène qui s’offre à ses yeux lui paraît bizarre.
Fabriquée, même.
Elle se signe. Et pose une main tremblante sur le drap, là où doit se trouver l’épaule. Elle la secoue délicatement.
Au bout d’un moment, une fleur rouge éclot sur le coton blanc, à l’endroit où s’est posée sa main.
Elle sait maintenant qu’il se passe quelque chose de grave. De nouveau, elle touche le drap, d’un doigt seulement. Et de nouveau, comme de l’encre qui traverse un mouchoir en papier, un pétale écarlate se déploie.
Consuela rassemble tout son courage et, de la main gauche, elle soulève le drap.
Avant même de pouvoir enregistrer ce qu’elle voit, sa main droite se lève pour exécuter un autre signe de croix. Mais, cette fois, elle n’a pas le temps d’atteindre le front. Elle redescend vers la bouche pour étouffer un hurlement.

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