Juste une fois pour essayer

Auteur : Elodie Garnier
Editeur : Mazarine

« Tout opposait ces deux femmes avant qu’elles tombent amoureuses l’une de l’autre. Leur existence bascule quand Sara confie à Élodie avoir envie d’elle.
Une fois.
Comme ça.
Juste une fois pour essayer. »

Une passion singulière.
Une histoire d'amour universelle.
Rien ne prédestinait Élodie et Sara à se rencontrer.
À Paris, Élodie mène une vie à cent à l’heure jusqu’au jour où elle plaque tout pour trouver refuge chez sa grandmère, dans le centre de la France. Là, elle prend ses marques, se reconnecte à elle-même et fait la rencontre de Sara, une trentenaire à la vie bien rangée sur le point de se marier.
Un soir, alors que Sara n’avait jamais ressenti le moindre désir pour une femme, elle lui confie avoir envie d’elle.
Une fois, comme ça.
Juste une fois pour essayer.

Une passion universelle.
Un amour singulier.

18,00 €
Parution : Juillet 2020
350 pages
ISBN : 978-2-8637-4862-6
Fiche consultée 50 fois

Extrait

Prologue

Paris en été. Place des Abbesses, assise sur un banc près du manège, mon corps ne répond pas. Je suis déjà très en retard à mon rendez-vous, mais je reste comme paralysée. Des centaines de questions empêchent mes jambes d’exécuter l’ordre dicté par mon cerveau quelques minutes plus tôt.
Je le vois assis à une table derrière les grandes baies vitrées du café. Seul, au beau milieu de l’après-midi, avec une bière pour unique compagnie. Chaque fois que la porte s’ouvre, son regard cherche un visage familier. Je vois bien qu’il s’impatiente ; c’est la troisième fois qu’il regarde son téléphone. Sans doute pour s’assurer de l’heure.
J’expire un grand coup. Mon corps s’exécute enfin. Tandis que je me lève, un couple de Japonais me sollicite pour connaître le chemin vers le Sacré-Cœur. Décidément, même l’univers repousse le moment de cette rencontre. Je lance des coups d’œil furtifs par-dessus le plan de Paris tandis que j’oriente les touristes. Il m’attend toujours. Plus d’excuses. Les Japonais renseignés, je traverse la rue qui me sépare du café et j’entre.

En me rapprochant de lui, je le surprends à relire nos échanges sur son portable. Certainement veut-il se remémorer ce c’est que l’on s’est écrit pour affiner son interrogatoire. Je l’interpelle. Il lève les yeux.
— Je t’attendais.
Comme je reste debout, plantée face à lui, il me dit :
— Assieds-toi.
Je dépose la grande enveloppe kraft que je trimballe depuis ce matin sur la table et m’installe.
— C’est ton bouquin ? me demande-t-il.
Sans attendre ma réponse, il tire l’enveloppe par un angle jusqu’à lui. Il poursuit :
— Avant de lire ton manuscrit, je veux entendre l’histoire de vive voix. Toute l’histoire. Je veux tout savoir. Tout. Dans les moindres détails.
Le serveur nous interrompt :
— Qu’est-ce que je vous sers, mademoiselle ?
— Un thé, s’il vous plaît.
Il enchaîne :
— Earl grey ? Darjeeling ? Bergamote ? Thé…
Je le coupe net :
— Le premier, c’est parfait. Merci.
Le serveur à peine reparti, mon rendez-vous relance la discussion :
— Alors, vas-y, je t’écoute.
Par où commencer ? L’histoire qu’il veut entendre, c’est la mienne. Je suis comme une pelote de laine qu’on a laissée s’emmêler au fond d’un panier. Je cherche le fil à tirer, les premiers mots à dire. Pour comprendre qui je suis, il faut connaître mon passé. Nous ne sommes que la conséquence des expériences vécues et je ne déroge pas à la règle.

J’ai quitté la France à l’âge de cinq ans pour vivre une enfance aux quatre coins du monde. J’ai déménagé trois fois en sept ans et suivi mes parents à chaque mutation de mon père. De retour à mes douze ans, j’ai toujours voulu sortir de la masse et faire quelque chose de ma vie. Quand j’étais ado, je voulais « laisser une trace ». Aujourd’hui, je dirais « avoir un certain confort ». C’est fou comme les priorités changent avec l’âge.
À dix-huit ans, j’ai débarqué à Paris et y ai vécu presque dix ans. J’y ai fait mon école de marketing et mon stage de fin d’études dans l’une des plus grosses agences de communication. Mois après mois, je suis passée de stagiaire à chef de projet junior, puis senior avant de finir par diriger le pôle de la conception graphique et événementiel. À l’époque, je sortais beaucoup, et comme je gagnais bien ma vie, c’était restaurant tous les soirs de la semaine et sorties en clubs le week-end. Je dépensais sans compter. J’aurais pu m’acheter un appartement, mais j’ai préféré me payer une vie sociale.
Peut-être ma situation paraissait-elle enviable, mais je n’arrivais pas à être heureuse pour autant. J’avais besoin pour exister d’être la meilleure partout. La deuxième place ne m’intéressait pas.
Beaucoup de mes amis de l’époque ne me fréquentaient que pour ce que j’avais à leur offrir : des invitations aux soirées et des contacts influents. Rarement prenaient-ils la peine de savoir qui j’étais vraiment. Je les appelle les « étoiles filantes ». Excepté Jérémy, témoin fidèle de mon passage dans la capitale. Quand je l’ai rencontré, il travaillait déjà dans la mode. C’était une soirée à l’Alcazar pour le lancement d’un magazine.
Il s’est approché de moi et m’a balancé :
— J’adore ton style. Toi, t’es une fille qui a de la gueule.
Je n’étais pas de celles qu’on déstabilise facilement, mais sur le coup, j’avoue, je n’ai pas su comment le prendre, alors j’ai souri. À ce moment-là, mon apparence comptait beaucoup. J’arborais un look à la Agyness Deyn : perfecto cuir, cheveux courts blond platine…
Il a enchaîné :
— Tu bosses pour le magazine, c’est ça ?
Je lui ai répondu être en charge de la direction artistique.
— Donc, tu vends n’importe quoi à n’importe qui ?
— Oui, et toi, tu mords à l’hameçon. Tu fais quoi, toi ?
— Je bosse dans la mode. Je vends des sacs à trois mille balles.
J’ai ri.
— Tu fais dans l’humanitaire, je vois.
— Je vends du rêve, chérie.
— Comme moi, finalement. Ça nous fait un point commun.
On s’est revu quelques jours plus tard au bureau et, depuis, on ne s’est plus jamais quitté.

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