Catherine Carmier

Auteur : Ernest J. Gaines
Editeur : Levi
Sélection Rue des Livres

Jackson, un jeune professeur noir, retourne sur la plantation où il a passé son enfance, en Louisiane. Il y retrouve Catherine Carmier, une métisse à la peau claire dont il était épris, adolescent. Mais le père de la belle s'oppose catégoriquement au mariage au prétexte que le prétendant a la peau trop noire. Les amoureux vont se heurter à un mur de préjugés et d'idées toutes faites.
À travers ce drame aux accents shakespeariens, Ernest J. Gaines évoque toute la complexité sociologique de ce Sud profond où Noirs et Métis s'affrontent alors que petit à petit les Cajuns les dépossèdent de leurs terres.

Traduction : Michelle Herpe-Voslinsky
10,00 €
Parution : Mars 2020
256 pages
ISBN : 979-1-0349-0251-4
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Extrait

Quand Brother est descendu de voiture, les deux Cajuns assis sur la galerie se sont retournés pour le regarder.
– Comment ça va ? a demandé Brother.
– Salut, Brother, a dit le plus jeune.
L’autre Cajun a souri à Brother, mais il n’a pas parlé.
Après être resté un instant sur la galerie, Brother est entré dans la boutique.
– Le courrier est arrivé ? a-t-il demandé.
L’employé assis au comptoir s’éventait avec un morceau de carton. C’était un homme très gros, au visage rouge et aux yeux bleus. Il n’a pas répondu à Brother ; il n’a même pas regardé dans sa direction. Brother se tenait devant le comptoir, sans savoir s’il devait de nouveau lui poser la question.
– MonsieurClaude?
L’employé agitait le morceau de carton devant sa figure, mais il transpirait comme s’il était dehors, au soleil, tête nue. Deux vieux ventilateurs noirs tournaient lentement au plafond de façon monotone, mais au lieu de la rafraîchir, ils semblaient plutôt réchauffer la pièce. Brother a passé le bout de la langue sur ses lèvres sèches.
– MonsieurClaude?
– Bon sang de bonsoir! a dit Claude en regardant Brother. Pourquoi vous venez pas tous en même temps? C’est à croire que plus y fait chaud, plus vous voulez embêter les gens, vous autres les Nègres.
Il a jeté son éventail et s’est dirigé vers la boîte posée au bout du comptoir. C’était l’un de ces casiers en bois qu’on utilise pour le courrier dans les bureaux. Avant de rassembler les lettres, l’employé a juré de nouveau.
– Tu veux tout ? a-t-il demandé sans se retourner.
– Oui, monsieur, a dit Brother. Les chèques aussi, s’y sont arrivés.
L’employé s’est détourné de la boîte, a jeté le courrier sur le comptoir, et il est retourné s’asseoir sur sa chaise. Après avoir examiné chaque lettre, Brother les a mises dans sa poche ; puis il a posé quelques pièces sur le comptoir et il est allé se chercher à boire dans la glacière au fond de la boutique. Quand il est passé devant le comptoir pour sortir sur la galerie, Claude a regardé la bouteille.
– Il est de mauvais poil, han? a demandé le plus vieux des deux Cajuns à Brother.
– J’crois bien, a dit Brother.
– C’est cette chaleur.
– Sûrement.
– Fais pas attention à lui, a dit le Cajun. C’est la chaleur. Il nous a parlé pareil, à Paul et à moi.
– Ouais, a dit Paul. J’lui fais: «Comment ça va, Claude?» Y me répond: «Va t’faire foutre!» (Il a souri.) C’est la chaleur.

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