Une enquête du vénérable juge Ti

Attribuée à l'inspecteur Chen Cao
Auteur : Qiu Xiaolong
Editeur : Levi

En un temps d’âpres luttes pour le pouvoir, dans la Chine du IXe un messager impérial vient demander au célèbre juge Ti d’enquêter sur un meurtre dont est soupçonnée la poétesse- courtisane Xuanji. Alors que la belle et talentueuse jeune femme croupit dans une geôle en attente de la sentence, l’enquête du juge le mènera à des secrets qu’il est préférable d’ignorer.

«Ce roman est inspiré d’un fait réel survenu sous la dynastie Tang, la poétesse Yu Xuanji (844-871) étant au centre de cet épisode. Nul ne sait aujourd’hui si la jeune femme était réellement coupable du crime dont elle fut accusée, mais l’histoire a déjà donné lieu à des romans, films et séries. Le récit proposé ici n’est qu’une interprétation personnelle de l’inspecteur Chen écrite à la lumière d’une enquête menée dans la Chine d’aujourd’hui.» Qiu Xiaolong

Traduction : Adélaïde Pralon
10,00 €
Parution : Novembre 2020
Format: Poche
144 pages
ISBN : 979-1-0349-0334-4
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Extrait

« Vénérable juge Ti... »

Pour rejoindre son nouveau poste, il devait quitter la capitale et traverser plusieurs provinces. Il avait quitté sa résidence de Chang’an le matin même et passait la nuit incognito dans cette auberge. Le titre de commissaire de circuit restait prestigieux, mais Ti percevait néanmoins cette nomination comme une destitution déguisée. L’impératrice avait décidé de l’éloigner de la Cour – du moins temporairement – tandis que les deux factions rivales se livraient à une guerre politique sans merci.
Ti avait été jeté dans la bataille à cause d’une pétition qu’il avait récemment soumise à l’impératrice. La souveraine devait choisir son successeur et hésitait entre son neveu, le ministre Wu, de la famille Wu, et son fils, le prince Li, de la famille Li. Pour un lettré confucéen fonctionnaire de l’Empire, l’idée qu’une concubine devenue impératrice désigne un membre de la famille Wu et non un membre de la famille Li était intolérable, et Ti lui avait donc rappelé que la tradition ancestrale voulait que le souverain suprême préfère son fils à son neveu, afin d’assurer à l’Empire une transition légitime, paisible et sans controverse. L’impératrice voyait en Ti un homme honnête, droit et digne de confiance, mais elle avait été vexée par ses arguments pointilleux basés sur des principes confucéens poussiéreux.
Pour ne rien arranger à l’affaire, au même moment, un scandale avait éclaté au sujet d’une liaison entre le prince Li et une dame du palais. Bien que l’impératrice ait accepté à contrecœur de ne pas désavouer son fils, elle lui avait ordonné de rester quelque temps hors de la capitale. Et voilà que le nouveau poste de Ti l’obligeait aussi à quitter Chang’an...

Perdu dans ses pensées, Ti regardait les ombres dansantes projetées par la flamme sur la fenêtre. Il croisa son reflet brouillé dans le miroir de bronze et se résolut à oublier la politique pour l’instant.
Dehors, une bruine se remit à tomber. Le petit étang semblait se gonfler de souvenirs du temps passé. Quelques vers à moitié oubliés lui revinrent en mémoire.
Une bougie tremble sous la pluie nocturne / traversant des rivières et des lacs, années après années.
Il sentait qu’il n’arriverait pas à trouver le sommeil. Il devenait vieux, sans doute. Pourtant la nuit était calme et tranquille. Des années plus tard, il repenserait peut-être avec nostalgie à cet instant de solitude.
Il continua à lire et sentit qu’il commençait à somnoler. Il venait de se décider à se mettre au lit quand un éclair déchira le panneau en papier de la fenêtre, traça un demi-cercle dans l’air et se planta dans une vieille colonne de bois rugueux – à quelques centimètres de la table où Ti était assis, tétanisé par l’apparition.
Ti entendit des pas précipités au-dehors, puis tout près de sa chambre, un fracas plus lourd annonçant l’arrivée de son fidèle lieutenant, Yang Rong.
«Que se passe-t-il, maître?» demanda Yang à bout de souffle. Il était à peine habillé car il avait l’habitude de dormir presque nu.
Le couteau planté dans la colonne était accompagné d’un message écrit sur un papier de bambou.
Yang alla retirer le couteau et déplia le message sur la table. Une ligne de caractères épais tracés au pinceau : Le dragon qui vole trop haut se repentira !

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