Féminicid: Chroniques de Mertvecgorod

Auteur : Christophe Siébert
Editeur : Diable Vauvert
En deux mots...

Voici la première édition non-clandestine du manuscrit de Timur Maximovitch Domachev, journaliste trouvé mort d’une balle dans la tête le 20 février 2028, à Mertvecgorod, alors qu’il enquêtait sur des féminicides en série. Entre l’audace narrative de Bolaño, la noirceur cyberpunk de Dantec ou le post-exotisme de Volodine, les chroniques de Mertvecgorod explorent les bas-fonds d’une société rongée en profondeur.

Traduit du russe par Ernest Thomas
20,00 €
Parution : Septembre 2021
384 pages
ISBN : 979-1-0307-0446-4
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Présentation de l'éditeur

Le 20 février 2028, Timur Maximovitch Domachev, ancien journaliste, est trouvé décédé d'une balle dans la tête. Dans son enquête, il s'est intéressé à des sujets en apparence déconnectés les uns des autres : la guerre d'indépendance de la RIM au début des années 90, l'ascension sur fond de crime organisé d'un groupe d'oligarques, le trafic d'organe, endémique dans ce pays, un cinéaste passé en quelques années de l'art officiel au scandale absolu, etc. Mais en réalité une toile de fond sinistre les relie :
Le feminicid qui frappe Mertvecgorod depuis deux décennies.
Christophe Siébert explore chaque ramification de ce crime aux 2000 victimes et, dans une langue hostile, limpide, directe, dresse le portrait magnifique et violent d'une société en déliquescence, et de ceux qui tentent d'en ralentir le naufrage.

Extrait

« En vérité je vous le dis, contaminez-vous les uns les autres. Ils veulent nous empêcher de répandre le virus de la bonté. Ils veulent nous empêcher de libérer l’amour et l’empathie sur le monde. Pour étouffer notre compassion, ils envoient la Milicia. Pour faire taire les sanglots des victimes du feminicid qui s’adressent à nous, ils dispersent nos rekviemi à coups de matraque. Afin de nous empêcher de prier pour les âmes en peine des femmes mortes, ils utilisent des drones de combat. Lors de notre dernière réunion, ils ont ouvert le feu.
Pour nous punir de pleurer les mortes dont ils sont responsables, que font-ils ? Ils nous tuent. Pour empêcher les mortes de nous parler et de dénoncer leurs bourreaux, que font-ils? Ils nous tuent. Pour nous empêcher de délivrer dans le monde des vivants le cadeau que les mortes nous ont fait, le cadeau de la bonté, que font-ils? Ils nous tuent. Pour nous empêcher de répandre l’empathie comme un virus, comme une divine maladie qui se transmettrait par la douceur d’un baiser, la chaleur d’une caresse, le souffle d’une parole, le feu d’un regard, que font-ils ? Ils nous tuent.
Vendredi dernier à cinq heures trente du matin, lors du rekviem honorant sur les lieux même de son calvaire la mémoire de Léonilla Cyrillovna Golovine, retrouvée morte, violée et mutilée vingt-quatre heures plus tôt dans le terrain vague s’étendant entre le prospekt 1551 et le ring, qu’ont-ils fait ? Ils nous ont tués. Vendredi dernier, alors que nous nous retrou- vions pour pleurer la mort de Léonilla Cyrillovna Golovine, habités par ses dernières pensées, qu’elle avait envoyées, depuis le monde des morts, à deux d’entre nous, qu’ont-ils fait? Ils ont téléguidé un drone de sécurité de la société Berkut qui a ouvert le feu et massacré vingt-sept des nôtres. Vingt-sept innocents réunis pour pleurer, prier et chanter en l’honneur d’une innocente morte avec plus d’un millier d’autres, juste parce qu’elle est une femme. Vingt-sept innocents venus en toute humilité offrir leur compassion à une âme en peine, sœur de plus d’un millier d’autres âmes en peine, tués par un État à ce point inhumain qu’il emploie des robots pilotés à distance pour assassiner ceux qui en contestent légitimement la tyrannie.
Feminicid
Mes chers amis, bien peu d’entre nous portent en eux le virus de l’empathie. Nous ignorons pour quelle raison les victimes du feminicid le transmettent à certains et non à d’autres. Et nous ne savons même pas s’il est réellement contagieux. Qu’avons-nous à perdre en essayant? Que ce virus de l’empathie se diffuse par la sueur, les larmes, la salive, le sang, le sperme ou l’âme, je vous en conjure : si cette grâce vous a touché, partagez-la. Par tous les moyens, transmettez le virus blagocestie, transmettez la piété comme une maladie contagieuse. En vérité je vous le dis, contaminez-vous les uns les autres. »
(Discours prononcé par Nikolaï le Svatoj en direct sur sa chaîne Rutube le lundi 23 mars 2020 et suivi par 350 000 personnes.)

Informations sur le livre