La Danse sur le volcan
1780, Port-au-Prince. La « bonne société » coloniale de Saint-Domingue vit au rythme des saisons théâtrales, insouciante, et inconsciente de la décennie qui s'avance.
Minette et Lise sont filles d'une ancienne esclave affranchie, une pacotilleuse de la rue Traversière. Le jour où une voisine, chanteuse d'opéra à la Comédie royale, l'entend chanter, Minette voit son destin basculer. Elle est une « sang-mêlé », et si elle n'est pas une esclave, elle n'a pas non plus les mêmes droits que les blancs. Bravant les interdits et grâce à son talent, elle va devenir la première comédienne « noire » à se produire sur scène. Une révolution, initiatrice de l'insurrection à venir : passionaria en herbe, Minette se confronte à tous les combats, découvre l'ampleur des injustices, lutte contre les inégalités, résiste bientôt avec ceux qui aident clandestinement les « marrons », les esclaves en fuite. Dans cette société en ébullition à la veille de la Révolution française, Minette se heurte à ses propres contradictions lorsqu'elle découvre que son amant, un affranchi qui oeuvre contre les colons, est lui-même propriétaire d'esclaves. Au coeur de la nuit, le son du lambi déchire l'air, et partout la révolte gronde.
La Danse sur le volcan est unique : unique roman à s'immerger dans les méandres de cette odieuse hiérarchie coloniale et à décrire l'Histoire en marche. Saint-Domingue est la seule colonie française où l'esclavage sera aboli avant même que le décret soit promulgué ; de sanglantes batailles aboutissent à son indépendance en 1804 sous le nom d'Haïti. La Danse sur le volcan est aussi le magnifique et tragique portrait d'une héroïne flamboyante, sensuelle et passionnée.
Extrait
En ce jour de juin, le Port-au-Prince, en liesse, attendait sur les quais l’arrivée d’un nouveau gouverneur.
Depuis deux heures, les soldats rangés sous les armes tenaient en respect une foule immense d’hommes, de femmes et d’enfants de tous types. Les mulâtresses et les négresses groupées, comme de coutume, à l’écart avaient tout mis en œuvre pour rivaliser d’élégance avec les créoles blanches et les Européennes. Les jupes de calicot, rayées ou fleuries, des affranchies frôlaient quelquefois avec ostentation les lourdes jupes de taffetas et les gaules de mousseline vaporeuses et transparentes des blanches. Les seins que voilaient à peine, de part et d’autre, de légers et transparents corsages, attiraient les regards heureux des hommes habillés, malgré la terrible chaleur de cette matinée d’été, d’habits de velours, de jabots plissés et de redingotes aggravées de gilets. Sous leurs perruques bouclées, ils suaient plus que des esclaves.
Aussi quelle joie pour eux quand les femmes, pour se pavaner, jouaient de l’éventail ! Les bijoux qui paraient les doigts de pied des femmes de couleur auxquelles une nouvelle loi avait interdit de porter des chaussures les rendaient encore plus originales et plus désirables. Les blanches, à la vue de ces pieds endiamantés, regrettaient d’avoir exigé le nouveau règlement contre « ces créatures » qui osaient les imiter dans leur habillement et leurs coiffures.
